FARDC : Le temps est venu de reconstruire une armée qui fasse la fierté de toute une nation

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Par Kazibaonline
Le destin d’une nation se lit souvent dans les yeux de son armée.
Lorsqu’un soldat défile avec assurance, c’est toute une République qui marche la tête haute. Lorsqu’il doute, manque d’équipement ou combat sans confiance dans ses institutions, c’est toute une nation qui vacille.
Depuis près de trois décennies, la République démocratique du Congo vit un paradoxe historique. Elle possède l’un des plus vastes territoires d’Afrique, une population jeune de plus de cent millions d’habitants et un sous-sol qui alimente aujourd’hui la révolution mondiale des batteries électriques, des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle. Pourtant, elle continue de lutter pour assurer pleinement la sécurité de ses frontières et de ses citoyens.
Cette contradiction nourrit une question que se posent des millions de Congolais :
Pourquoi un pays aussi riche peine-t-il encore à bâtir une armée capable d’inspirer confiance, respect et fierté ?
La réponse est plus complexe qu’on ne l’imagine.
Le courage ne manque pas. L’institution, oui.
Il serait profondément injuste de faire porter l’échec uniquement aux soldats congolais.
Depuis des années, des milliers d’entre eux combattent dans des conditions extrêmement difficiles. Beaucoup vivent loin de leurs familles, parfois avec des moyens limités, tout en affrontant des groupes armés qui connaissent parfaitement le terrain.
Le courage individuel existe.
Ce qui fait défaut, c’est une institution capable de transformer ce courage en puissance militaire durable.
Le chercheur américain Jason Stearns, spécialiste des conflits dans les Grands Lacs, rappelle que les guerres congolaises ne peuvent être comprises sans tenir compte de la faiblesse de l’État et de la complexité des réseaux politico-militaires qui se sont développés depuis les années 1990. De leur côté, les chercheuses Judith Verweijen, Maria Eriksson Baaz et Maria Stern montrent que les difficultés des FARDC ne relèvent pas seulement du champ de bataille : elles sont aussi le produit d’une gouvernance fragile, d’intégrations répétées de groupes armés et d’un manque de cohérence institutionnelle.
Autrement dit, le problème dépasse largement la caserne.
Une armée construite par des compromis politiques
Depuis la chute de Mobutu, les FARDC se sont construites au rythme des accords de paix.
AFDL.
RCD.
MLC.
CNDP.
M23.
À chaque crise, la solution a souvent consisté à intégrer de nouveaux combattants dans l’armée nationale.
À court terme, cette stratégie a parfois permis d’éviter une reprise immédiate des combats.
À long terme, elle a fragilisé l’institution.
Une armée ne peut pas devenir professionnelle lorsque des officiers proviennent de chaînes de commandement différentes, possèdent des loyautés multiples ou considèrent encore leurs anciens mouvements comme leur véritable famille politique.
Une armée républicaine ne peut avoir qu’une seule loyauté : la République.
Les critiques ont-elles raison ?
Certains observateurs affirment que les FARDC sont faibles parce que les soldats manquent de discipline.
D’autres estiment que tout s’explique par les ingérences étrangères.
La réalité est plus nuancée.
Oui, les interventions étrangères ont profondément marqué l’histoire sécuritaire de la RDC.
Mais ces interventions n’auraient probablement pas produit les mêmes effets si les institutions congolaises avaient été plus solides.
Les grandes puissances exploitent rarement les forces d’un État.
Elles exploitent ses faiblesses.
La réforme doit commencer par Kinshasa
Pendant longtemps, les débats ont porté sur les armes.
Or, les armées modernes ne gagnent plus uniquement grâce aux armes.
Elles gagnent grâce à leurs institutions.
Les experts militaires s’accordent largement sur plusieurs priorités.
Premièrement, établir un recensement biométrique complet des militaires afin d’éliminer les soldats fictifs et garantir que chaque soldat reçoive directement sa solde.
Deuxièmement, mettre fin aux promotions fondées sur les réseaux politiques ou communautaires pour instaurer une véritable méritocratie militaire.
Troisièmement, reconstruire les académies militaires afin que les futurs officiers soient formés au leadership, au renseignement, à la stratégie, à la logistique et au droit des conflits armés.
Quatrièmement, investir massivement dans le renseignement militaire. Les guerres du XXIᵉ siècle se gagnent souvent avant même le premier tir.
Cinquièmement, offrir enfin au soldat congolais ce qu’il mérite : un salaire régulier, un logement digne, une assurance pour sa famille, une retraite et une véritable reconnaissance nationale.
On ne peut pas demander à un homme de mourir pour la République si la République abandonne ensuite ses enfants.
La corruption : l’ennemi silencieux
Aucune réforme militaire ne réussira sans une lutte déterminée contre la corruption.
C’est probablement le défi le plus difficile.
Des ressources importantes sont consacrées à la défense nationale, mais de nombreux analystes congolais et internationaux estiment que leur efficacité reste limitée lorsque les mécanismes de contrôle, de transparence et de reddition de comptes sont insuffisants.
Le problème n’est pas seulement budgétaire.
Il est moral.
Chaque franc détourné représente potentiellement une ration qui n’arrive pas au front, une radio qui ne fonctionne pas, un véhicule qui tombe en panne ou un soldat qui combat sans équipement adéquat.
Une armée ne perd pas uniquement des batailles sur le terrain.
Elle peut aussi les perdre dans les bureaux.
La guerre de demain sera économique
Pendant longtemps, la RDC était considérée comme un enjeu régional.
Aujourd’hui, elle est devenue un enjeu mondial.
Le cobalt, le coltan, le cuivre, le lithium et d’autres minerais critiques placent désormais le Congo au cœur de la compétition technologique mondiale.
Les batteries des véhicules électriques.
Les centres de données.
Les puces électroniques.
L’intelligence artificielle.
Les technologies de défense.
Tout cela dépend, directement ou indirectement, des ressources stratégiques dont dispose la RDC.
Autrement dit, protéger le territoire congolais ne relève plus uniquement du patriotisme.
C’est aussi une question de souveraineté économique.
Aucun pays ne pourra durablement valoriser cette richesse sans une armée capable de sécuriser ses frontières, ses infrastructures et ses investissements.
Le patriotisme commence par l’exemple
Les Congolais n’attendent pas une armée parfaite.
Ils attendent une armée juste.
Une armée qui protège les civils.
Qui respecte les droits humains.
Qui inspire confiance.
Qui soit composée de femmes et d’hommes recrutés pour leurs compétences plutôt que pour leurs relations.
Le prestige d’une armée ne se mesure pas au nombre de généraux.
Il se mesure à la confiance que lui accorde son peuple.
L’heure du choix
L’histoire offre parfois des rendez-vous que les nations ne peuvent pas manquer.
La RDC en vit un aujourd’hui.
Le monde regarde désormais le Congo non seulement pour ses ressources naturelles, mais aussi pour son rôle dans l’économie mondiale de demain.
Cette opportunité historique ne pourra être saisie que si l’État se dote d’institutions fortes.
Et aucune institution n’est plus symbolique que son armée.
Les nations ne deviennent pas puissantes parce qu’elles possèdent des minerais.
Elles deviennent puissantes lorsqu’elles possèdent des institutions capables de protéger ces minerais, leurs frontières et leurs citoyens.
La République démocratique du Congo possède déjà la richesse de son sous-sol.
Il est désormais temps de construire la richesse de ses institutions.
Le jour où les FARDC incarneront la discipline, la compétence, l’intégrité et l’unité nationale, les Congolais ne verront plus seulement des soldats défiler sous le drapeau.
Ils verront une nation enfin réconciliée avec sa propre grandeur.
@kazibaonline












