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Bourse de Kinshasa : la RDC ouvre une nouvelle porte à son économie, mais tout reste à construire

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September 6, 2026
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Bourse de Kinshasa : la RDC ouvre une nouvelle porte à son économie, mais tout reste à construire

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Bourse de Kinshasa : la RDC ouvre une nouvelle porte à son économie, mais tout reste à construire

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Imaginez qu’un Congolais vivant à Bukavu, Lubumbashi, Kinshasa ou même dans la diaspora puisse, depuis son téléphone, acheter légalement quelques actions d’une entreprise congolaise, devenir copropriétaire d’une société minière, investir dans une banque, une entreprise agricole ou une société technologique et bénéficier de sa croissance. C’est l’ambition que porte la future Kinshasa Stock Exchange. Mais pour l’instant, il faut éviter un malentendu : la République démocratique du Congo possède désormais la loi permettant de construire une Bourse. Elle ne possède pas encore une Bourse opérationnelle.

La République démocratique du Congo vient de franchir une étape importante dans la modernisation de son système financier.

La loi n° 26/034 du 20 août 2026 relative aux marchés boursiers a été promulguée par le président Félix-Antoine Tshisekedi puis publiée, le 2 septembre, dans un numéro spécial du Journal officiel.

Elle crée désormais le cadre juridique permettant l’établissement et la réglementation d’un véritable marché boursier congolais, dont la future place financière devrait porter le nom de Kinshasa Stock Exchange — KSE.

C’est une étape historique.

Mais ce n’est que la première.

Car, contrairement à ce que pourrait laisser entendre le mot « Bourse », aucun Congolais ne peut encore ouvrir une application ce matin et acheter une action cotée à Kinshasa.

Le marché reste entièrement à construire.


D’abord, qu’est-ce qu’une Bourse ?

Pour beaucoup de Congolais, le mot « Bourse » évoque Wall Street, des écrans remplis de chiffres ou des milliardaires achetant et vendant des actions.

En réalité, le principe de départ est relativement simple.

Supposons qu’une entreprise congolaise prospère souhaite construire une nouvelle usine.

Elle peut aller dans une banque et demander un crédit.

Mais elle pourrait également décider de vendre une partie de son capital au public.

Elle divise alors son capital en actions.

Un citoyen qui achète certaines de ces actions devient copropriétaire, même très minoritaire, de l’entreprise.

Si celle-ci réalise des bénéfices et décide d’en distribuer une partie, l’actionnaire peut recevoir des dividendes. Si l’entreprise prend de la valeur, le prix de son action peut également augmenter.

L’entreprise dispose d’une autre possibilité : émettre des obligations.

Dans ce cas, l’investisseur ne devient pas propriétaire. Il prête essentiellement de l’argent à l’entreprise, qui s’engage à le rembourser selon des conditions et échéances prédéterminées.

C’est précisément ce nouveau canal de financement que la loi congolaise cherche à créer.

Les entreprises pourraient ainsi obtenir des capitaux à moyen et long terme sans dépendre exclusivement du crédit bancaire.


Pourquoi la RDC en a-t-elle besoin ?

L’économie congolaise souffre depuis longtemps d’un paradoxe.

Le pays possède des entreprises capables de croître.

Il possède également une population qui épargne.

Mais l’argent disponible et les entreprises ayant besoin de capitaux ne disposent pas toujours d’un mécanisme efficace pour se rencontrer.

Une grande partie de l’épargne reste :

dans des comptes bancaires ;

dans des devises conservées à domicile ;

dans l’immobilier ;

dans le commerce informel ;

ou parfois complètement hors du système financier.

Pendant ce temps, de nombreuses entreprises congolaises expliquent qu’elles ont des projets, mais rencontrent d’importantes difficultés pour obtenir des financements suffisamment longs et abordables.

Une Bourse peut précisément devenir un pont entre l’épargne et l’investissement productif.

Le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi présente d’ailleurs la réforme comme un moyen de mobiliser davantage l’épargne nationale et de permettre aux Congolais de devenir actionnaires des entreprises opérant dans leur économie.

Si elle est correctement construite, la Bourse pourrait donc poser une question nouvelle dans l’économie congolaise :

et si une partie de l’argent des Congolais pouvait financer directement la croissance des entreprises congolaises ?


De consommateur à actionnaire

Prenons une situation simple.

Vous utilisez peut-être chaque semaine les services d’une banque.

Vous achetez du ciment produit par une entreprise.

Vous rechargez votre téléphone auprès d’une société de télécommunication.

Vous consommez les produits d’une entreprise agroalimentaire.

Ces sociétés gagnent de l’argent grâce à leurs clients.

Mais dans une économie dotée d’un marché financier développé, le même citoyen peut parfois passer de l’autre côté de la relation.

Il reste client.

Mais il devient également actionnaire.

C’est l’une des transformations culturelles les plus intéressantes qu’une Bourse peut introduire.

Elle permet théoriquement à une partie de la population de participer à la propriété du capital productif.

Évidemment, cela comporte des risques.

Une action peut monter.

Elle peut également baisser.

Une entreprise peut réaliser des bénéfices.

Elle peut aussi en perdre.

La Bourse n’est donc pas un mécanisme permettant de devenir riche automatiquement.

C’est un marché où le rendement potentiel accompagne le risque.

Et cela signifie qu’une autre révolution devra accompagner la Kinshasa Stock Exchange :

l’éducation financière.


Les mines : une question beaucoup plus politique

Le gouvernement considère notamment les grandes entreprises minières comme des candidats potentiels au futur marché.

Et c’est ici que la question devient particulièrement intéressante pour la RDC.

Depuis des décennies, les Congolais regardent des entreprises exploiter le cuivre, le cobalt, l’or, les diamants ou d’autres ressources nationales.

Mais combien de citoyens ordinaires possèdent directement une participation dans les sociétés qui exploitent ces richesses ?

Très peu.

Une Bourse pourrait théoriquement modifier cette relation.

Imaginons qu’une société minière opérant au Congo introduise une partie de son capital à la Kinshasa Stock Exchange.

Des investisseurs institutionnels congolais, des entreprises, voire des particuliers suffisamment informés pourraient éventuellement acquérir des actions.

Cela ne signifie évidemment pas que les mines appartiendraient soudain à tout le monde.

Mais cela ouvrirait une nouvelle dimension au débat sur la participation congolaise dans l’économie extractive.

La question ne serait plus seulement :

« Combien l’entreprise paie-t-elle en impôts ? »

Elle deviendrait aussi :

« Combien de Congolais possèdent une partie du capital de cette entreprise ? »

Voilà pourquoi une Bourse bien conçue pourrait devenir, à long terme, un instrument de capitalisme populaire congolais.

Mais encore faut-il que les sociétés acceptent d’y entrer.


Car une Bourse sans entreprises cotées n’est qu’une belle plateforme vide

Voici probablement le premier défi sérieux.

On peut construire un bâtiment.

Installer des ordinateurs.

Créer une autorité de régulation.

Adopter des règlements.

Inaugurer une plateforme.

Mais si aucune entreprise solide ne souhaite vendre ses actions au public, il n’existe pas réellement de marché.

La réussite de la Kinshasa Stock Exchange dépendra donc très largement de ses premières sociétés cotées.

Ces premières introductions seront déterminantes.

Elles devront idéalement concerner des entreprises connues, crédibles, suffisamment grandes et capables de publier régulièrement des informations financières de qualité.

Car la première richesse d’une Bourse n’est pas le nombre d’ordinateurs qu’elle possède.

C’est la confiance.


La transparence : le prix à payer pour entrer en Bourse

Une entreprise privée peut parfois fonctionner avec relativement peu de transparence publique.

Une entreprise cotée ne le peut pas.

Si des milliers de personnes lui confient leur argent, elles doivent pouvoir savoir :

combien l’entreprise gagne ;

combien elle doit ;

quels actifs elle possède ;

quels risques elle court ;

qui la dirige ;

quelles transactions importantes elle réalise ;

et comment son argent est utilisé.

C’est pourquoi le développement d’une Bourse pourrait avoir une conséquence indirecte particulièrement bénéfique pour la RDC :

obliger progressivement les grandes entreprises à améliorer leur gouvernance et leur transparence financière.

Mais cela demandera aussi des comptables compétents.

Des auditeurs indépendants.

Des cabinets juridiques.

Des analystes financiers.

Des agences de notation.

Des spécialistes de conformité.

Des courtiers.

Des gestionnaires d’actifs.

Des experts informatiques.

Une Bourse n’est donc pas seulement une institution financière.

C’est tout un écosystème professionnel.

Et cet écosystème peut lui-même créer des milliers d’emplois hautement qualifiés.


Pour l’instant, cependant, la Bourse n’existe pas encore réellement

C’est ici que la prudence journalistique est indispensable.

La loi pose le cadre.

Mais plusieurs étapes importantes restent à franchir.

Les autorités doivent notamment mettre en place le comité chargé de l’opérationnalisation du marché et valider sa feuille de route.

L’Autorité de régulation des marchés financiers (ARMF) doit devenir pleinement opérationnelle.

Elle devra élaborer le règlement général du marché et délivrer l’agrément nécessaire à la Kinshasa Stock Exchange.

Un dépositaire central des titres devra également être mis en place ou désigné.

Des banques de règlement devront être choisies.

Et surtout, une plateforme numérique permettant les cotations, les transactions et les opérations postérieures aux transactions devra être développée et rendue compatible avec le système national de paiement supervisé par la Banque centrale du Congo.

Autrement dit, il faut encore construire à la fois :

la police du marché, les règles du marché, les routes numériques du marché et les mécanismes permettant à l’argent et aux titres de circuler correctement.

Ce n’est pas un petit chantier.


Pourquoi faut-il une Autorité de régulation ?

Imaginez un marché dans lequel certaines personnes connaissent une information importante avant tout le monde.

Un dirigeant sait que son entreprise vient de découvrir un problème majeur.

Avant que le public ne l’apprenne, il vend discrètement toutes ses actions.

Ou encore, quelques investisseurs s’organisent pour manipuler artificiellement le cours d’une société.

Ou une entreprise publie de faux chiffres pour attirer les investisseurs.

Sans régulateur puissant, une Bourse peut rapidement devenir un casino réservé aux mieux informés.

L’Autorité de régulation devra donc protéger l’intégrité du marché.

Elle devra notamment prévenir ou sanctionner des pratiques telles que :

la manipulation des cours ;

les délits d’initiés ;

la diffusion de fausses informations ;

les conflits d’intérêts ;

les abus de marché.

Si les investisseurs pensent que les règles sont truquées, ils ne viendront pas.

Et s’ils viennent une fois et perdent leur argent dans un système qu’ils considèrent frauduleux, ils ne reviendront probablement pas.

Encore une fois :

une Bourse fonctionne à la confiance.


2027 : le premier véritable rendez-vous

Selon le calendrier actuellement annoncé, les autorités souhaitent lancer les premières opérations de cotation et de transaction entre juin et décembre 2027.

C’est ambitieux.

Mais ce calendrier devrait être considéré comme un objectif plutôt que comme une garantie.

Car avant la première transaction, il faudra que toute la chaîne fonctionne correctement.

Une entreprise doit être admise en Bourse.

Ses titres doivent être enregistrés.

Un investisseur doit pouvoir placer un ordre.

Un intermédiaire doit pouvoir l’exécuter.

Le titre doit changer légalement de propriétaire.

L’argent doit changer de compte.

Les transactions doivent être enregistrées.

Les autorités doivent pouvoir les surveiller.

Et tout cela doit fonctionner avec suffisamment de rapidité, de sécurité et de fiabilité pour inspirer confiance.

Le jour de la première cotation sera donc symbolique.

Mais le véritable succès devra se mesurer plusieurs années plus tard.


Les PME et start-ups peuvent-elles réellement en profiter ?

Le gouvernement affirme vouloir ouvrir ce nouveau système non seulement aux grandes entreprises, mais également aux PME et aux start-ups.

L’intention est intéressante.

Mais une PME ne peut pas supporter les mêmes exigences financières et administratives qu’un géant minier.

Les marchés boursiers modernes créent donc souvent des compartiments différents.

Un marché principal peut accueillir les grandes sociétés.

Un marché alternatif ou secondaire peut imposer des conditions mieux adaptées aux entreprises moyennes et aux sociétés en forte croissance.

La RDC devra probablement réfléchir à cette architecture.

Car si les coûts juridiques, comptables et administratifs d’une introduction en Bourse deviennent trop élevés, les PME resteront théoriquement éligibles mais pratiquement exclues.


Et la diaspora congolaise ?

Voilà un potentiel considérable.

Des millions de Congolais vivent à l’étranger.

Une partie importante de leur argent revient au pays sous forme de transferts familiaux.

Cet argent paie :

les frais scolaires ;

la nourriture ;

les soins médicaux ;

la construction ;

les événements familiaux ;

et diverses dépenses quotidiennes.

Ce soutien est essentiel.

Mais une Bourse fiable pourrait progressivement ajouter une autre possibilité :

transformer une partie de l’épargne de la diaspora en capital d’investissement congolais.

Imaginez un Congolais installé à Montréal, Bruxelles, Paris, Londres, Johannesburg ou Washington achetant légalement des actions d’entreprises congolaises à travers une plateforme réglementée.

Au lieu d’envoyer uniquement de l’argent pour consommer, une partie des capitaux pourrait également servir à posséder et développer des actifs économiques au Congo.

Mais cela suppose une condition non négociable :

la confiance dans les institutions.

La diaspora ne placera pas durablement son épargne dans un marché où elle doute de la transparence, de la sécurité juridique ou de la possibilité de récupérer son capital.


Les incitations fiscales : attirer les entreprises sans vider le Trésor

La loi prévoit également des incitations fiscales destinées à encourager les entreprises à se faire coter, notamment une réduction du taux d’impôt sur les bénéfices et profits pour les sociétés concernées.

Le raisonnement économique est compréhensible.

Entrer en Bourse coûte de l’argent.

Il faut publier des comptes.

Se faire auditer.

Respecter des normes.

Réorganiser parfois sa gouvernance.

L’avantage fiscal peut donc contribuer à convaincre les premiers candidats.

Mais il faudra trouver un équilibre.

Les incitations doivent aider à développer le marché sans devenir des niches fiscales permettant à certaines grandes entreprises de réduire fortement leurs obligations sans créer suffisamment de valeur supplémentaire pour l’économie.


Attention au rêve de l’argent facile

Avec l’arrivée d’une Bourse, un autre phénomène est presque inévitable.

Des personnes promettront :

« Investissez 100 dollars et devenez millionnaire. »

Des faux courtiers apparaîtront.

Des groupes WhatsApp proposeront des « actions secrètes ».

Des influenceurs expliqueront qu’ils connaissent « la prochaine entreprise qui va exploser ».

Des systèmes frauduleux pourront même utiliser le nom de la Kinshasa Stock Exchange pour escroquer les citoyens avant que le véritable marché n’ouvre.

C’est pourquoi l’éducation financière devrait commencer avant l’ouverture officielle.

Les Congolais devront apprendre une règle très simple :

investir n’est pas jouer.

Une action représente une entreprise.

Avant de l’acheter, il faut comprendre ce que cette entreprise fait, combien elle gagne, combien elle doit, qui la dirige et quels risques elle présente.

Warren Buffett a résumé depuis longtemps une philosophie particulièrement utile : on ne devrait pas investir dans ce que l’on ne comprend pas.

Cette discipline sera tout aussi pertinente à New York qu’à Kinshasa.


Le véritable défi : faire naître une culture de l’investissement

La création de la KSE pourrait produire une transformation plus profonde que le marché lui-même.

Pendant longtemps, une grande partie de la culture économique congolaise s’est organisée autour de trois idées :

travailler, consommer et construire une maison.

La propriété immobilière reste évidemment importante.

Mais une économie moderne ajoute d’autres formes d’actifs :

actions ;

obligations ;

fonds d’investissement ;

titres publics ;

participations dans les entreprises.

Une Bourse peut ainsi contribuer progressivement à faire passer une partie de la population d’une logique exclusivement centrée sur la consommation vers une culture de l’épargne productive et de l’investissement à long terme.

Mais cela prendra probablement une génération.


La Bourse ne remplacera pas les banques

Il serait également faux d’imaginer que la KSE rendra les banques inutiles.

Les deux systèmes sont complémentaires.

Une petite entreprise continuera probablement à demander un crédit bancaire.

Une famille aura toujours besoin d’une hypothèque.

Une société pourra utiliser un prêt à court terme.

Mais une entreprise souhaitant lever des capitaux importants pour dix, quinze ou vingt ans pourra éventuellement se tourner vers le marché.

Une économie plus sophistiquée possède donc plusieurs portes de financement.

La RDC tente simplement d’en ouvrir une nouvelle.


Et si les grandes entreprises étrangères refusaient de jouer ?

Voici une autre question que Kinshasa devra affronter.

De nombreuses entreprises parmi les plus importantes de l’économie congolaise appartiennent à des groupes étrangers ou sont intégrées dans des multinationales.

Certaines sont déjà cotées à Toronto, Londres, Johannesburg, Hong Kong ou ailleurs.

Pourquoi accepteraient-elles une cotation à Kinshasa ?

Le gouvernement devra rendre le marché suffisamment attractif.

Mais il pourrait également réfléchir à la manière dont la réglementation future favorise une participation plus importante du capital congolais dans certaines entreprises opérant durablement sur le territoire national.

Le sujet sera particulièrement sensible dans les mines, les télécommunications, les banques et les infrastructures.


La Bourse comme outil de souveraineté économique

C’est peut-être ici que se trouve la dimension la plus profonde du projet.

Depuis longtemps, la RDC dépend largement de capitaux venus de l’étranger pour financer les grandes entreprises opérant sur son territoire.

Les investisseurs prennent le risque.

Ils fournissent le capital.

Ils reçoivent naturellement une partie importante des bénéfices.

Mais plus un pays développe sa propre épargne institutionnelle et ses propres marchés financiers, plus il peut progressivement financer une partie de son économie avec son propre capital.

Cela ne signifie pas rejeter l’investissement étranger.

Bien au contraire.

Il s’agit de construire une économie où le capital étranger travaille avec le capital congolais plutôt que de le remplacer presque entièrement.

La souveraineté économique n’est pas l’autarcie.

C’est la capacité d’un pays à disposer de suffisamment d’institutions, de compétences et de capitaux pour participer lui-même à la propriété de son développement.


Une Bourse ne crée pas automatiquement la prospérité

Il faut enfin éviter l’enthousiasme facile.

Des pays possèdent des Bourses depuis des décennies sans avoir éliminé la pauvreté.

Une Bourse n’est pas une baguette magique.

Elle ne réparera pas automatiquement :

les routes ;

l’électricité ;

l’éducation ;

la corruption ;

l’insécurité juridique ;

l’instabilité monétaire ;

ou la faiblesse administrative.

En réalité, elle dépend fortement de ces éléments.

Une entreprise ne s’introduit pas volontiers sur un marché instable.

Un investisseur n’engage pas son épargne s’il ne fait pas confiance à la monnaie, aux tribunaux ou aux institutions.

La réussite de la Kinshasa Stock Exchange dépendra donc finalement de choses beaucoup plus larges que la finance.

Elle dépendra de la qualité de l’État congolais.


Imaginons Kinshasa en 2035

Il existe deux scénarios.

Dans le premier, la RDC possède une magnifique plateforme appelée Kinshasa Stock Exchange.

Quelques entreprises seulement y sont cotées.

Les transactions sont rares.

La liquidité est faible.

La population ne comprend pas vraiment son fonctionnement.

Les grandes sociétés continuent de lever leurs capitaux à l’étranger.

La Bourse existe juridiquement.

Mais économiquement, elle reste marginale.

Dans le second scénario…

En 2035, plusieurs dizaines d’entreprises congolaises et multinationales opérant en RDC sont cotées.

Des sociétés minières.

Des banques.

Des entreprises agricoles.

Des compagnies d’assurance.

Des sociétés technologiques.

Des entreprises énergétiques.

Des groupes industriels.

Les fonds de pension congolais investissent sur le marché.

La diaspora y participe.

Les étudiants en finance analysent les entreprises cotées.

Des milliers de Congolais possèdent des portefeuilles d’investissement.

Des PME prometteuses accèdent progressivement au marché des capitaux.

Les entreprises publient davantage leurs informations financières parce que les investisseurs l’exigent.

Kinshasa devient progressivement une place financière crédible d’Afrique centrale.

Même loi.

Deux résultats complètement différents.

Ce qui déterminera le scénario ne sera pas l’existence du texte du 20 août 2026.

Ce sera la manière dont il sera appliqué.


La loi est signée. Maintenant commence le travail difficile

La publication de la loi relative aux marchés boursiers constitue incontestablement une avancée importante.

Pour la première fois, la RDC dispose d’un cadre moderne destiné à permettre l’émergence d’une véritable place boursière nationale.

Mais le gouvernement ferait une erreur s’il célébrait aujourd’hui la création de la Bourse comme si le travail était terminé.

En réalité, le travail commence maintenant.

Il faut construire le régulateur.

Écrire les règles.

Installer les systèmes informatiques.

Former les professionnels.

Sécuriser les transactions.

Convaincre les entreprises.

Protéger les investisseurs.

Éduquer le public.

Développer la confiance.

Et surtout, faire en sorte que la future Bourse ne devienne pas simplement un petit club financier réservé à quelques initiés de la Gombe.

Si elle doit réussir, elle devra progressivement devenir un instrument permettant aux capitaux congolais de rencontrer les entreprises congolaises.

Le défi est immense.

Mais l’opportunité l’est également.

Pendant des décennies, les Congolais ont observé la richesse de leur pays en se demandant pourquoi elle ne se transformait pas suffisamment en richesse pour sa population.

La Kinshasa Stock Exchange ne résoudra pas cette question à elle seule.

Elle pourrait néanmoins ajouter un nouvel outil à la réponse.

Car l’économie d’un pays ne se construit pas uniquement avec ceux qui travaillent dans ses entreprises.

Elle se construit aussi avec ceux qui possèdent, financent et investissent dans ces entreprises.

La RDC vient de poser les fondations juridiques de sa future Bourse.

Le prochain défi sera beaucoup plus difficile :

transformer des Congolais qui épargnent en Congolais qui investissent, et transformer les entreprises qui cherchent du capital en entreprises suffisamment transparentes pour mériter cette confiance.

Si Kinshasa réussit ce pari, le 2 septembre 2026 pourrait un jour être considéré non comme la date où la RDC a créé une Bourse sur papier, mais comme le début d’une transformation beaucoup plus profonde :

celle de la propriété du capital congolais.

Un Peuple, Une Histoire

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