BRICS à l’épreuve de la guerre en Iran : entre ambition multipolaire et divisions internes

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BRICS à l’épreuve de la guerre en Iran : entre ambition multipolaire et divisions internes
Analyse — Rédaction de KazibaOnline.com
La confrontation militaire entre les États-Unis et l’Iran dépasse désormais le cadre d’une crise ponctuelle au Moyen-Orient. Sa prolongation menace de transformer le golfe Persique en un foyer durable d’instabilité, avec des répercussions sur les marchés énergétiques, les routes commerciales et les équilibres politiques de l’ensemble de l’Eurasie.
Cette guerre représente également un test majeur pour les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai, OCS. L’Iran est membre à part entière de l’OCS depuis 2023 et fait partie des BRICS depuis l’élargissement entré en vigueur en 2024. Sa confrontation directe avec Washington oblige donc ces deux organisations à préciser jusqu’où peut aller la solidarité entre leurs membres.
Des organisations influentes, mais pas des alliances militaires
Les BRICS et l’OCS sont parfois présentés comme les fondations d’un nouvel ordre mondial opposé à l’Occident. Cette interprétation doit toutefois être nuancée.
Les BRICS constituent avant tout un forum de coordination politique, économique et diplomatique entre plusieurs grandes puissances émergentes et pays du Sud global. Le groupe ne possède ni commandement militaire commun, ni clause de défense collective, ni politique étrangère unifiée.
L’OCS accorde davantage de place aux questions de sécurité régionale, de lutte contre le terrorisme et de coopération stratégique en Eurasie. Elle ne prévoit cependant pas non plus qu’une attaque contre un membre soit automatiquement considérée comme une attaque contre tous.
Ces deux structures reposent essentiellement sur le consensus. Cette souplesse leur permet de réunir des États aux intérêts parfois contradictoires, mais elle réduit également leur capacité à agir rapidement lorsqu’un conflit oppose directement l’un de leurs membres à une puissance extérieure.
La guerre révèle les fractures internes des BRICS
L’épreuve iranienne a déjà mis en évidence les limites de la cohésion du groupe.
En mai 2026, les ministres des Affaires étrangères des BRICS réunis à New Delhi n’ont pas réussi à adopter une déclaration commune sur la guerre. L’Inde, qui assure la présidence du groupe en 2026, a dû publier une simple déclaration de la présidence en raison des divergences persistantes entre les délégations.
L’Iran souhaitait obtenir une condamnation explicite des opérations américaines et israéliennes. D’autres membres, notamment les Émirats arabes unis, adoptaient une lecture très différente de la crise et accusaient eux-mêmes Téhéran de contribuer à l’escalade régionale.
Ces désaccords montrent que l’appartenance aux BRICS ne signifie pas automatiquement un alignement géopolitique sur la Russie, la Chine ou l’Iran. Plusieurs membres entretiennent des relations économiques, diplomatiques ou sécuritaires importantes avec les États-Unis et ne souhaitent pas transformer le groupe en coalition anti-occidentale.
Une position plus ferme, mais limitée, de l’OCS
L’Organisation de coopération de Shanghai a adopté une position plus explicite. Dans une déclaration publiée en mars 2026, ses membres ont exprimé leur inquiétude concernant les frappes menées contre le territoire iranien, affirmé leur solidarité avec la population iranienne et appelé les Nations unies à intervenir pour préserver la paix internationale.
Cette déclaration demeure toutefois essentiellement diplomatique. Elle ne s’est pas traduite par une action militaire commune, des sanctions coordonnées ou un mécanisme collectif destiné à protéger l’Iran.
L’OCS peut donc offrir à Téhéran un soutien politique, une plateforme de consultation et des possibilités de coopération économique. Elle ne constitue pas pour autant une garantie militaire contre les États-Unis ou Israël.
Le détroit d’Ormuz, premier enjeu concret
Au-delà des déclarations politiques, la guerre pose un problème immédiat de sécurité énergétique.
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des passages maritimes les plus importants au monde. En temps normal, environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite par cette voie située entre l’Iran et Oman. Les attaques contre les navires, les fermetures temporaires et la hausse du coût des assurances ont déjà profondément perturbé le commerce régional.
Pour les pays exportateurs d’hydrocarbures, l’augmentation des prix peut produire des recettes supplémentaires à court terme. Pour les grandes économies importatrices, notamment l’Inde et la Chine, une instabilité prolongée risque en revanche de provoquer une augmentation des coûts de transport, de production et de consommation.
La crise iranienne démontre ainsi que les BRICS ne peuvent pas limiter leur coopération à des déclarations sur la multipolarité. Ils doivent également développer des mécanismes concrets de sécurité énergétique, de stockage stratégique, de règlement financier et de diversification des voies d’approvisionnement.
L’Iran au centre des nouvelles routes commerciales
L’Iran joue aussi un rôle essentiel dans le Corridor international de transport Nord-Sud.
Ce réseau maritime, ferroviaire et routier a été lancé par l’Inde, la Russie et l’Iran afin de faciliter les échanges entre l’océan Indien, le golfe Persique, le Caucase, l’Asie centrale et la Russie. Il offre une solution complémentaire aux routes maritimes passant par le canal de Suez.
Une guerre prolongée pourrait ralentir les investissements, augmenter les coûts logistiques et compromettre la sécurité de certaines infrastructures iraniennes indispensables au corridor.
Cette situation concerne directement la Russie, qui cherche à développer des voies commerciales vers le Sud, mais aussi l’Inde, qui considère les ports iraniens et le territoire iranien comme des points d’accès stratégiques à l’Asie centrale.
L’instabilité de l’Iran ne constitue donc pas seulement un problème pour Téhéran. Elle menace l’un des principaux projets de connectivité défendus par plusieurs membres des BRICS et de l’OCS.
Les monarchies du Golfe face à un équilibre impossible
L’élargissement des BRICS a renforcé son poids économique, mais il a aussi introduit de nouvelles rivalités internes.
L’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont désormais réunis dans le même cadre, alors que leurs intérêts sécuritaires et leurs relations avec Washington restent très différents. Les monarchies du Golfe souhaitent préserver leur partenariat avec les États-Unis tout en développant leurs échanges avec la Chine, la Russie et les autres économies émergentes.
Elles ne veulent ni être entraînées dans une guerre permanente contre l’Iran ni apparaître comme des alliées inconditionnelles de Téhéran. Chaque escalade les place donc devant un choix difficile entre coopération régionale, protection de leurs infrastructures énergétiques et maintien de leurs alliances traditionnelles.
Cette contradiction explique en partie pourquoi les BRICS peinent à adopter une position commune sur le conflit.
Le consensus est à la fois une faiblesse et une force
L’incapacité des BRICS à parler d’une seule voix peut être interprétée comme une preuve de faiblesse. Une organisation qui ne parvient pas à défendre clairement l’un de ses membres semble limitée dans ses ambitions géopolitiques.
Mais cette diversité peut aussi constituer une forme de résilience.
Contrairement aux alliances militaires, les BRICS ne demandent pas à leurs membres d’adopter une vision unique du monde. Ils leur permettent de coopérer sur les finances, le commerce, l’énergie, les technologies et la réforme de la gouvernance internationale, tout en conservant leurs propres alliances et orientations diplomatiques.
Chercher à imposer artificiellement une politique étrangère commune pourrait provoquer des divisions plus profondes et fragiliser l’ensemble du groupe.
La véritable question n’est donc pas de savoir si les BRICS deviendront une version non occidentale de l’OTAN. Elle consiste à déterminer s’ils peuvent transformer leur diversité en capacité de médiation et en coopération pratique.
Un test de crédibilité pour le projet multipolaire
La guerre en Iran offre aux BRICS et à l’OCS une occasion de démontrer leur utilité.
Ces organisations pourraient faciliter les négociations, soutenir la protection des routes commerciales, favoriser les échanges en monnaies nationales, financer des infrastructures alternatives et promouvoir des mécanismes de sécurité régionale moins dépendants des puissances occidentales.
Elles pourraient également défendre plus fermement le droit international, à condition d’appliquer les mêmes principes à toutes les crises et à tous les États, sans sélectionner les violations en fonction de leurs intérêts politiques.
Mais si elles se limitent à dénoncer la domination occidentale sans proposer de solutions crédibles, leur influence restera essentiellement symbolique.
Vers un ordre international plus fragmenté
La crise iranienne ne prouve pas que l’ordre mondial occidental a déjà disparu. Les États-Unis conservent une puissance militaire, financière, technologique et diplomatique considérable.
Elle montre toutefois que le système international devient plus fragmenté. De nombreux pays ne souhaitent plus dépendre exclusivement des institutions dominées par Washington et ses alliés. Ils recherchent des partenaires multiples, des routes commerciales alternatives et une plus grande autonomie stratégique.
Dans ce contexte, la force des BRICS et de l’OCS ne résidera probablement pas dans la création d’un bloc rigide opposé à l’Occident. Elle dépendra plutôt de leur capacité à offrir des espaces de coopération à des États qui refusent de choisir définitivement entre Washington, Pékin, Moscou ou d’autres centres de pouvoir.
La guerre en Iran constitue donc un véritable test. Elle révèle les divisions internes de ces organisations, mais elle souligne aussi l’importance croissante des plateformes capables d’organiser la coopération dans un monde où aucune puissance ne semble désormais en mesure de garantir seule la stabilité internationale.
Pour les BRICS et l’OCS, l’enjeu n’est pas de produire une unité artificielle. Il est de prouver que la multipolarité peut apporter autre chose qu’une multiplication des rivalités : de la médiation, des solutions économiques et un cadre crédible de sécurité collective.












