Est de la RDC : Paul Kagame remet les « causes profondes » du conflit au centre du débat, les FDLR toujours au cœur du bras de fer entre Kigali et Kinshasa

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Est de la RDC : Paul Kagame remet les « causes profondes » du conflit au centre du débat, les FDLR toujours au cœur du bras de fer entre Kigali et Kinshasa
Malgré les processus diplomatiques de Washington et de Doha, l’Est de la République démocratique du Congo reste confronté aux combats, aux déplacements de populations et à une insécurité persistante. À Kigali, le président rwandais Paul Kagame estime qu’aucune paix durable ne pourra être obtenue sans s’attaquer à ce qu’il qualifie de « causes profondes » du conflit, notamment la question des FDLR et les préoccupations sécuritaires du Rwanda. Une lecture que Kinshasa conteste en partie, estimant que la présence de forces rwandaises sur le territoire congolais constitue elle-même un élément majeur de la crise.
Le président Paul Kagame a reçu, mercredi 2 septembre 2026 à Kigali, James Swan, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en République démocratique du Congo et chef de la MONUSCO, accompagné de Huang Xia, envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la région des Grands Lacs.
Selon la Présidence rwandaise, leurs discussions ont notamment porté sur « la nécessité de s’attaquer aux causes profondes du conflit dans l’Est de la RDC et à son impact sur la sécurité du Rwanda ».
Cette formulation résume une position défendue depuis plusieurs années par Kigali : le Rwanda considère que la persistance des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sur le territoire congolais représente une menace directe contre sa sécurité nationale.
Les FDLR, un contentieux vieux de plusieurs décennies
La question des FDLR reste l’un des principaux points de friction entre Kinshasa et Kigali.
Ce mouvement armé rwandais, constitué après le génocide de 1994, a intégré dans ses rangs des éléments issus notamment des anciennes forces gouvernementales rwandaises et des milices impliquées dans le génocide contre les Tutsi.
Kigali affirme depuis longtemps que leur présence dans l’Est congolais constitue une menace sécuritaire et accuse régulièrement certaines composantes des forces congolaises de collaborer avec elles.
Kinshasa, de son côté, reconnaît l’obligation de neutraliser les FDLR mais rejette l’idée que leur présence puisse justifier indéfiniment l’intervention ou la présence de forces étrangères sur son territoire.
C’est précisément autour de cette question que se joue une partie essentielle de la mise en œuvre des Accords de Washington.
Kinshasa mise sur le désarmement des FDLR
Le 28 juillet 2026, le gouvernement congolais a annoncé qu’une faction des FDLR avait accepté un protocole prévoyant notamment le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de ses combattants.
Kinshasa présente cette démarche comme une étape vers la neutralisation du mouvement et, par conséquent, vers l’exécution de ses engagements sécuritaires.
Le protocole prévoit également différentes étapes pouvant conduire au désarmement, à la relocalisation et à la dissolution du mouvement.
Cette initiative a reçu une réaction prudente mais significative de la communauté internationale.
Le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs, composé notamment des États-Unis, du Canada, de plusieurs pays européens et de l’Union européenne, a pris acte de l’accord avec la faction des FDLR tout en demandant aux autorités congolaises de présenter rapidement un plan opérationnel et un calendrier crédible permettant leur neutralisation effective.
Kigali rejette la démarche congolaise
Le Rwanda voit les choses autrement.
Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a vivement contesté l’initiative congolaise, estimant que les engagements pris dans le processus de Washington exigent la neutralisation des FDLR et non une négociation politique avec le mouvement.
Kigali a qualifié l’initiative de Kinshasa de manœuvre dilatoire et continue d’accuser les autorités congolaises de maintenir des liens avec les FDLR.
Kinshasa rejette ces accusations et affirme précisément vouloir utiliser le processus de désarmement pour éliminer ce que le Rwanda présente depuis des années comme l’une de ses principales préoccupations sécuritaires.
On retrouve ainsi l’un des paradoxes centraux de cette crise : la RDC affirme vouloir neutraliser les FDLR afin de retirer à Kigali son principal argument sécuritaire, tandis que Kigali estime que la manière choisie par Kinshasa ne constitue pas encore une véritable neutralisation.
Qui doit agir en premier ?
C’est peut-être là que se situe aujourd’hui l’un des principaux blocages.
Kinshasa considère que la neutralisation des FDLR doit aller de pair avec le désengagement des forces rwandaises et la levée des mesures défensives prises par Kigali.
Le Rwanda soutient, pour sa part, que ses préoccupations sécuritaires doivent d’abord recevoir des réponses crédibles.
Les mécanismes mis en place dans le cadre de Washington cherchent précisément à sortir les deux pays de cette logique du « vous d’abord ».
Lors de la cinquième réunion du Mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité, tenue les 15 et 16 juillet 2026 à Genève, les deux parties avaient réaffirmé leurs engagements concernant à la fois la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces ainsi que la levée des mesures défensives.
Washington : beaucoup de diplomatie, mais le terrain reste fragile
Les 12 et 13 août 2026, une sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination en matière de sécurité s’est tenue à Genève.
Elle a réuni les représentants de la RDC et du Rwanda, mais également ceux des États-Unis, du Qatar, du Togo en qualité de médiateur de l’Union africaine, ainsi que de la Commission de l’Union africaine.
La RDC y a présenté son plan de désarmement, démobilisation et réintégration concernant les FDLR. Les participants ont également échangé avec la MONUSCO afin de bénéficier de son expérience dans les processus de désarmement et de réintégration.
Les parties ont convenu de renforcer les mécanismes permettant de vérifier sur le terrain la mise en œuvre des engagements pris.
Une nouvelle réunion du mécanisme est prévue les 16 et 17 septembre 2026 à Genève, tandis qu’une conférence de planification trilatérale avec les États-Unis doit se tenir en octobre afin d’affiner le dispositif opérationnel devant encadrer les efforts coordonnés.
Les « causes profondes » : une expression qui divise
Mais derrière la diplomatie se cache une question beaucoup plus complexe : que faut-il réellement entendre par « causes profondes » du conflit ?
Pour Kigali, elles comprennent notamment la présence des FDLR, les menaces contre la sécurité rwandaise et la situation de certaines populations rwandophones et tutsies de l’Est congolais.
Dans le débat congolais, cette lecture est considérée comme incomplète par de nombreux acteurs.
Pour Kinshasa et une grande partie de l’opinion congolaise, il faut également parler de la violation de la souveraineté territoriale de la RDC, des interventions étrangères, de l’exploitation illicite des ressources naturelles, de la faiblesse chronique de l’État dans certaines régions, de la prolifération des groupes armés ainsi que de plusieurs décennies de guerres régionales.
Autrement dit, les « causes profondes » ne signifient pas nécessairement la même chose à Kigali, à Kinshasa, à Goma ou à Bukavu.
Et c’est précisément cette divergence d’interprétation qui rend la résolution du conflit si difficile.
Les discours de haine : une question réelle, mais qui ne peut justifier la guerre
Paul Kagame évoque également régulièrement les discours de haine et les violences visant certaines communautés rwandophones ou tutsies en RDC.
Ces phénomènes, lorsqu’ils existent, doivent être combattus avec fermeté.
La lutte contre la haine ethnique, la discrimination ou les appels à la violence constitue une responsabilité fondamentale de tout État.
Mais cette question ne saurait non plus servir à justifier une violation permanente de la souveraineté d’un autre pays.
Les deux principes doivent pouvoir coexister : protéger toutes les communautés congolaises contre la haine et la persécution, tout en respectant l’intégrité territoriale et la souveraineté de la République démocratique du Congo.
Une paix durable exige des obligations réciproques
Après plusieurs décennies de crises, la région des Grands Lacs semble parfois prisonnière des mêmes arguments.
Le Rwanda demande la neutralisation des FDLR.
La RDC demande le retrait ou le désengagement des forces rwandaises et la fin de tout soutien aux groupes armés opérant sur son territoire.
Les populations, elles, demandent surtout quelque chose de beaucoup plus simple : vivre sans guerre.
C’est ici que les processus de Washington et de Doha seront véritablement mis à l’épreuve.
Ils ne pourront être jugés uniquement à la quantité de communiqués publiés, au nombre de réunions organisées à Genève, Doha ou Washington, ni aux poignées de main devant les caméras.
Le véritable indicateur sera le terrain : les armes se taisent-elles ? Les groupes armés sont-ils réellement désarmés ? Les forces étrangères se désengagent-elles ? Les populations déplacées peuvent-elles rentrer chez elles ? L’autorité de l’État congolais est-elle restaurée ?
Car après trente années de guerre, les habitants du Kivu ont probablement lu suffisamment d’accords de paix pour remplir une bibliothèque.
Ce qu’ils attendent désormais, ce n’est pas un nouvel accord bien rédigé.
Ils attendent la paix.
Un Peuple, Une Histoire












