Dialogue national en RDC : le PPRD pose ses conditions et trace une ligne rouge autour de la Constitution

Écouter cet article
Dialogue national en RDC : le PPRD pose ses conditions et trace une ligne rouge autour de la Constitution
Kinshasa, lundi 20 juillet 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, PPRD, accueille avec prudence l’annonce d’un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo. L’ancien parti au pouvoir affirme être favorable au principe des discussions, mais prévient que sa participation dépendra des garanties politiques, juridiques et méthodologiques qui encadreront le processus.
Interrogé ce lundi 20 juillet 2026, Ferdinand Kambere, secrétaire permanent adjoint du PPRD, a déclaré que le dialogue ne pouvait pas être organisé sans préalables clairement définis.
« La solution du dialogue, nous l’avons proposée au CND, mais il ne peut pas s’agir d’un dialogue sans conditions. Les conditions sont importantes pour déterminer comment ce processus sera organisé », a-t-il expliqué.
Le parti de l’ancien président Joseph Kabila estime qu’un dialogue crédible doit reposer sur un cadre accepté par les principales forces politiques et sociales du pays. Il souhaite notamment que ses propositions méthodologiques soient prises en considération dans l’ordonnance présidentielle appelée à fixer les modalités des assises.
Le PPRD réclame des garanties sur l’organisation
Selon Ferdinand Kambere, le PPRD avait formulé dix points de méthode destinés à garantir l’inclusivité, la transparence et la crédibilité des discussions.
La formation politique souhaite que ces propositions soient intégrées au dispositif juridique qui encadrera le dialogue. Elle entend ainsi obtenir des précisions sur la facilitation, la représentation des différentes composantes, l’ordre du jour, le lieu des rencontres et la portée des conclusions.
Le président Félix Tshisekedi a officiellement opté, le 17 juillet, pour l’organisation d’un dialogue national présenté comme inclusif, apaisé et républicain. Une ordonnance présidentielle devrait en préciser les termes et les modalités.
Le PPRD affirme cependant qu’il ne prendra sa décision définitive qu’après avoir examiné ce cadre officiel.
Une opposition catégorique à toute modification constitutionnelle
La principale ligne rouge du PPRD concerne la Constitution. Le parti refuse de participer à un processus qui servirait, selon lui, à préparer ou à légitimer une révision du texte fondamental par voie référendaire.
« S’il s’agit d’un dialogue destiné à formaliser un projet de changement de Constitution avec un référendum, nous ne sommes pas concernés. Nous sommes fermement opposés à un tel dialogue », a insisté Ferdinand Kambere.
Le PPRD redoute notamment qu’une réforme constitutionnelle puisse ouvrir la voie à une prolongation du pouvoir actuel ou à une candidature supplémentaire du président Félix Tshisekedi au-delà des limites qu’il attribue à l’ordre institutionnel en vigueur.
Il met également en garde contre toute initiative susceptible, selon son analyse, d’affaiblir l’unité territoriale de la RDC ou de favoriser une forme de balkanisation du pays.
Ces préoccupations sont partagées par d’autres composantes de l’opposition. La Coalition Article 64 exige notamment un renoncement public à tout projet de changement constitutionnel avant de s’engager pleinement dans le dialogue.
Le gouvernement rejette les soupçons de projet caché
Du côté du gouvernement, le porte-parole Patrick Muyaya affirme qu’aucune réforme constitutionnelle n’a jusqu’ici été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres.
Il reconnaît néanmoins que la question pourrait être évoquée par les participants dans le cadre du dialogue, sans que cela signifie qu’elle constitue un objectif officiel du processus.
Cette différence d’interprétation illustre le climat de méfiance qui entoure les préparatifs. Le pouvoir présente le dialogue comme un moyen de renforcer la cohésion nationale face à la guerre dans l’Est, tandis que plusieurs partis d’opposition craignent qu’il ne soit utilisé pour redéfinir les règles du jeu politique.
Le 15 août, une échéance politique et non une date officielle
Contrairement à certaines formulations, le 15 août 2026 n’a pas encore été annoncé comme date officielle d’ouverture du dialogue.
Cette date correspond plutôt au délai accordé au pouvoir par la Coalition Article 64 pour convoquer officiellement les assises et fournir des garanties sur leur inclusivité. La C64 a reporté sa marche du 22 juillet en attendant des avancées concrètes avant cette échéance.
Le calendrier définitif dépendra donc de l’ordonnance présidentielle annoncée et de l’évolution des consultations menées par la CENCO, l’ECC et les différentes forces politiques.
Pour le PPRD, l’enjeu ne consiste pas seulement à participer à une rencontre, mais à s’assurer que le dialogue ne devienne ni une simple formalité politique ni un instrument de modification de l’ordre constitutionnel.
Les prochaines décisions du chef de l’État permettront de déterminer si les conditions posées par le parti de Joseph Kabila peuvent être conciliées avec le format envisagé par le pouvoir et les confessions religieuses.












