Dialogue national en RDC : Fayulu exige la présence de Kabila et Nangaa autour de la table

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Dialogue national en RDC : Fayulu exige la présence de Kabila et Nangaa autour de la table
Kinshasa, mercredi 19 août 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
Alors que Félix Tshisekedi s’apprête à préciser les contours du dialogue national annoncé depuis plusieurs semaines, Martin Fayulu remet au centre du débat une question particulièrement sensible : peut-on véritablement parler de dialogue « inclusif » si certaines des principales figures impliquées dans la crise politique et sécuritaire congolaise en sont exclues ?
Depuis Bruxelles, le président de l’ECiDé et coordonnateur de Lamuka défend une conception très large de l’inclusivité. Pour lui, l’ancien président Joseph Kabila et le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo, Corneille Nangaa, devraient pouvoir participer aux discussions, précisément parce qu’ils occupent aujourd’hui une place centrale dans les accusations, les tensions et les conflits qui traversent le pays.
Lors d’un échange avec des membres de son parti le 12 août à Bruxelles, Fayulu les a présentés comme des « parties prenantes » dont la présence permettrait, selon lui, de confronter les griefs, rechercher la vérité et tenter de comprendre les causes profondes de la crise.
Fayulu : ceux qui sont accusés doivent venir s’expliquer
La logique défendue par Martin Fayulu est particulière : il ne présente pas nécessairement la participation de Kabila et Nangaa comme une récompense politique, mais comme l’occasion de les confronter aux accusations portées contre eux.
Concernant Joseph Kabila, l’opposant rappelle son statut d’ancien chef de l’État et estime qu’il ne peut être simplement ignoré dans une démarche destinée à rechercher une sortie de crise.
Kinshasa accuse l’ancien président d’avoir soutenu l’AFC/M23, accusation que Joseph Kabila a rejetée. En septembre 2025, l’ancien chef de l’État a été condamné à mort par contumace par la justice militaire congolaise pour plusieurs infractions liées notamment à son soutien présumé à l’insurrection. Kabila a nié les accusations et dénoncé une procédure politique.
Pour Fayulu, ces accusations constituent justement une raison supplémentaire pour l’inviter à la table des discussions.
En substance, sa démarche consiste à poser la question suivante : si Kabila est accusé d’avoir joué un rôle dans la crise, pourquoi ne pas lui demander directement d’expliquer ses motivations et sa version des faits devant les autres protagonistes ?
Corneille Nangaa, de président de la CENI à dirigeant de l’AFC
Martin Fayulu applique le mĂŞme raisonnement Ă Corneille Nangaa.
L’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante avait dirigé la CENI lors de l’élection présidentielle de décembre 2018 et annoncé les résultats provisoires donnant Félix Tshisekedi vainqueur.
Martin Fayulu continue, pour sa part, de contester ces résultats et affirme depuis 2019 qu’il avait remporté cette élection. Cette affirmation demeure sa position politique ; les résultats officiels, confirmés à l’époque par la Cour constitutionnelle, avaient consacré la victoire de Félix Tshisekedi.
Depuis, le parcours de Nangaa a connu un retournement spectaculaire. L’ancien responsable électoral dirige aujourd’hui l’Alliance Fleuve Congo, coalition politico-militaire associée au M23 et engagée dans le conflit contre le gouvernement congolais.
En août 2024, Corneille Nangaa avait été condamné à mort par défaut par la justice militaire congolaise pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel.
Pour Fayulu, ce parcours constitue précisément une question à laquelle le dialogue devrait permettre de répondre : comment un ancien président de la CENI ayant proclamé Tshisekedi vainqueur est-il devenu quelques années plus tard l’un des principaux dirigeants d’un mouvement armé combattant son pouvoir ?
« Les linges sales se lavent en famille »
Derrière cette proposition se trouve la philosophie politique que Martin Fayulu souhaite donner au dialogue.
L’opposant plaide pour un processus où les protagonistes puissent exposer leurs griefs, reconnaître leurs responsabilités éventuelles et rechercher une forme de réconciliation nationale.
« Les linges sales se lavent en famille », a-t-il notamment déclaré, estimant que les différends les plus graves ne pourront être dépassés qu’en permettant aux différentes parties de s’expliquer.
Fayulu affirme ainsi privilégier une approche articulée autour de la vérité, de la justice et de la réconciliation.
Dans cette logique, l’inclusivité ne signifie pas nécessairement l’effacement des responsabilités judiciaires. Elle consiste plutôt, selon lui, à réunir les principaux acteurs afin qu’ils répondent politiquement de leurs décisions et exposent les raisons de leurs actions.
Mais Kinshasa trace une ligne rouge
C’est précisément sur ce point que la vision de Fayulu entre frontalement en contradiction avec celle du gouvernement.
Pour Kinshasa, le dialogue national ne doit pas devenir une nouvelle négociation avec l’AFC/M23.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a expliqué que les responsables de cette rébellion disposent déjà d’un cadre spécifique de négociation dans le processus de Doha, tandis que les différends entre la RDC et le Rwanda sont traités dans le cadre de Washington.
Selon cette architecture défendue par le pouvoir, le futur dialogue national poursuit un autre objectif : reconstruire un front intérieur et renforcer la cohésion entre les forces politiques et sociales congolaises qui ne participent pas à l’insurrection armée.
Le gouvernement refuse donc, jusqu’à présent, d’intégrer l’AFC/M23 au dialogue politique interne.
Cette position réduit considérablement la possibilité d’une participation de Corneille Nangaa.
L’inclusivité devient le véritable nœud du dialogue
Le débat révèle finalement deux conceptions presque opposées du futur dialogue.
Pour Martin Fayulu et certains membres de l’opposition, il faut réunir tous les protagonistes, précisément parce qu’ils sont en conflit.
Pour le gouvernement, inclure dans le dialogue national les responsables d’une rébellion armée reviendrait à confondre deux processus différents et risquerait même de donner une légitimité politique supplémentaire à des acteurs combattus militairement par l’État.
Cette divergence avait déjà été exprimée par Delly Sesanga, autre figure de la C64, qui avait lui aussi plaidé pour la présence de Joseph Kabila, Corneille Nangaa et de l’AFC/M23, estimant qu’il était difficile de rechercher une solution à la guerre sans discuter avec ceux qui y participent.
La véritable bataille politique porte donc désormais sur la définition d’un seul mot : « inclusif ».
Même Nangaa avait jusqu’ici rejeté le dialogue proposé par Kinshasa
Un autre paradoxe complique encore davantage la proposition de Fayulu.
Corneille Nangaa lui-même avait publiquement rejeté, en juillet, le dialogue national proposé par Félix Tshisekedi, estimant que les problèmes de la RDC ne seraient pas réglés par de nouveaux compromis politiques.
Ainsi, même dans l’hypothèse où Kinshasa modifierait sa position et accepterait sa présence, rien ne garantit aujourd’hui que le dirigeant de l’AFC participerait aux assises dans le format envisagé par le pouvoir.
Le problème de l’inclusivité est donc double : certains acteurs sont exclus par Kinshasa tandis que certains de ces mêmes acteurs contestent eux-mêmes le cadre proposé.
Olenghankoy demande une médiation plus consensuelle
L’appel de Fayulu intervient dans un contexte où plusieurs personnalités politiques plaident pour un dialogue disposant d’une médiation suffisamment crédible pour rassurer les différents camps.
Le président du Conseil national de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre, Joseph Olenghankoy, a récemment proposé que Félix Tshisekedi confie à l’Union africaine, avec l’accompagnement des responsables religieux, la préparation des termes de référence du dialogue.
Pour Olenghankoy, une telle architecture permettrait d’offrir davantage de garanties sur la neutralité et l’inclusivité du processus.
Sa position rejoint donc la recherche d’un cadre plus consensuel, sans pour autant établir automatiquement que tous les acteurs armés devraient y participer.
Tshisekedi annonce une prochaine adresse Ă la Nation
Le pouvoir devrait bientôt apporter davantage de précisions.
Lors d’un échange avec la diaspora congolaise à Libreville, le 16 août, Félix Tshisekedi a annoncé qu’il s’adresserait prochainement à la Nation afin de présenter les contours du dialogue national.
Le chef de l’État a promis un processus qui sera, selon ses propres termes, « différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays ».
Pour l’instant, la composition des assises, le calendrier, le lieu, la médiation et l’ordre du jour restent à préciser.
Cette adresse sera particulièrement attendue car elle pourrait permettre de savoir jusqu’où Félix Tshisekedi est disposé à aller sur la question de l’inclusivité.
L’ultimatum du 15 août est passé
Cette annonce présidentielle intervient après l’expiration de l’échéance du 15 août, fixée par la Coalition Article 64 pour obtenir des avancées concrètes dans la convocation du dialogue.
Estimant que les réponses apportées jusque-là restent insuffisantes, la C64 a décidé de reprendre ses actions de mobilisation.
La coalition, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, annonce une marche pacifique nationale le 15 septembre 2026, jour de la rentrée parlementaire.
Cette mobilisation vise notamment à s’opposer à tout projet de changement de Constitution susceptible, selon la C64, d’affecter l’ordre constitutionnel actuel.
Le gouvernement avait toutefois prévenu bien avant l’expiration de l’ultimatum que le calendrier présidentiel ne serait pas déterminé par les échéances imposées par l’opposition.
Le 28 juillet, Patrick Muyaya avait déclaré que « l’agenda du président de la République ne répond pas à une quelconque forme d’ultimatum », tout en réaffirmant que Félix Tshisekedi respecterait son engagement d’organiser le dialogue.
Dialogue ou impunité : l’autre question qui se profile
La proposition de Fayulu pose enfin une question particulièrement délicate.
Jusqu’où peut aller l’inclusivité sans transformer le dialogue en mécanisme d’impunité ?
Joseph Kabila fait l’objet d’une condamnation judiciaire lourde. Corneille Nangaa dirige un mouvement engagé dans une confrontation armée avec l’État et a lui-même été condamné par la justice militaire.
Les inviter au dialogue pourrait permettre d’aborder directement les causes politiques de la crise et d’explorer des solutions négociées.
Mais leur participation soulèverait également des interrogations sur le rapport entre dialogue politique, responsabilité pénale et droits des victimes.
Un processus crédible devrait donc probablement éviter deux extrêmes : exclure automatiquement tous les protagonistes au point de rendre impossible un règlement politique, mais aussi utiliser la réconciliation comme moyen d’effacer les responsabilités liées aux crimes éventuellement commis.
Toute la bataille est désormais dans le mot « inclusif »
À quelques jours de l’adresse annoncée de Félix Tshisekedi, les positions sont donc clairement établies.
Martin Fayulu défend une table suffisamment large pour accueillir même les acteurs les plus controversés de la crise.
Le gouvernement distingue, au contraire, le dialogue politique interne des négociations sécuritaires déjà engagées avec l’AFC/M23 à Doha.
La C64 prépare parallèlement son retour dans la rue.
Et Félix Tshisekedi doit encore révéler le format qu’il entend réellement donner aux assises.
Le succès ou l’échec du futur dialogue pourrait finalement dépendre moins de son appellation que d’une question fondamentale : qui acceptera de s’asseoir autour de la table, qui en sera exclu, et jusqu’où les Congolais seront-ils prêts à conjuguer vérité, justice et réconciliation ?
Car un dialogue peut être déclaré « inclusif ». Encore faut-il que les principaux protagonistes s’accordent sur ce que cette inclusivité signifie.
Un peuple, une histoire












