Genocost : l’Ambassade de la RDC à Washington porte le plaidoyer pour la mémoire, la reconnaissance et les réparations sur la scène internationale

Écouter cet article
Genocost : l’Ambassade de la RDC à Washington porte le plaidoyer pour la mémoire, la reconnaissance et les réparations sur la scène internationale
Washington, vendredi 7 août 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
La diplomatie congolaise poursuit l’internationalisation du plaidoyer autour du Genocost. L’Ambassade de la République démocratique du Congo aux États-Unis annonce l’organisation, le jeudi 20 août 2026, d’un webinaire consacré à la mémoire des victimes des conflits, à la reconnaissance des crimes commis en RDC, à la justice réparatrice et à la mobilisation internationale en faveur d’une paix durable.
La rencontre virtuelle se déroulera de 13 h à 15 h, heure de Washington, autour du thème : « Le GENOCOST : mémoire, reconnaissance, justice réparatrice et mobilisation internationale pour une paix durable en RDC ». L’annonce a été publiée par la représentation diplomatique congolaise sur son compte officiel.
Au-delà de la commémoration, l’initiative traduit une volonté de faire du dossier des victimes congolaises un enjeu diplomatique international, en reliant quatre dimensions : mémoire, vérité, reconnaissance et réparation.
De la commémoration nationale au plaidoyer diplomatique
En RDC, le terme Genocost est désormais institutionnalisé. La loi n°22/065 du 26 décembre 2022 définit le Genocost comme une journée commémorative du génocide congolais et institue officiellement le 2 août de chaque année comme Journée nationale d’hommage aux victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
L’article 28 prévoit également la création de sites à vocation mémorielle et commémorative.
Cette reconnaissance nationale ne signifie toutefois pas que l’ensemble des violences commises en RDC au cours des dernières décennies aient déjà reçu, individuellement ou collectivement, la qualification juridique internationale de génocide. Cette qualification répond à des critères précis en droit international et suppose notamment l’établissement d’une intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe protégé.
Le plaidoyer congolais actuel vise justement à faire progresser le débat international sur la nature des crimes commis, leurs responsables, leurs motivations économiques et les mécanismes judiciaires susceptibles d’y répondre.
Le 2 août, une mémoire désormais inscrite dans la loi
La première commémoration officielle du Genocost avait été organisée à Kinshasa en 2023.
En 2024, les cérémonies nationales avaient notamment placé Kisangani au centre du devoir de mémoire. La ville reste profondément marquée par la « guerre de six jours » de juin 2000, lorsque les armées rwandaise et ougandaise s’étaient affrontées directement sur le territoire congolais.
La commémoration s’était déroulée notamment au cimetière des victimes, dans la commune de Makiso, où un monument mémoriel rappelle les souffrances des populations touchées par ces affrontements.
Cette dimension mémorielle est essentielle dans la démarche du Genocost : préserver les récits des victimes, documenter les atrocités et empêcher que plusieurs décennies de conflits ne soient progressivement reléguées dans l’oubli.
En 2025, Tshisekedi demande une reconnaissance institutionnelle plus forte
Le plaidoyer a franchi une nouvelle étape le 2 août 2025.
Lors de la troisième commémoration nationale du Genocost, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait appelé l’Assemblée nationale et le Sénat à adopter une résolution reconnaissant officiellement les génocides commis sur le territoire de la RDC.
Le chef de l’État avait présenté cette démarche comme relevant à la fois de la mémoire, de la dignité et de la justice. Il avait également demandé à la communauté internationale de soutenir les initiatives visant à établir la vérité, rendre justice aux victimes et créer les conditions d’une paix durable.
La ministre congolaise des Droits humains avait, à la même occasion, plaidé auprès des Nations unies et des États membres de l’Union africaine pour la création d’un tribunal international spécial pour la RDC et pour une reconnaissance internationale accrue de la Journée du Genocost.
Le plaidoyer porté jusqu’aux Nations unies
Cette stratégie ne s’est pas limitée aux cérémonies organisées en RDC.
Lors de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2025 à New York, Félix Tshisekedi avait appelé la communauté internationale à reconnaître ce que les autorités congolaises présentent comme le génocide commis contre les populations congolaises.
Il avait également demandé des sanctions contre les acteurs impliqués dans les crimes économiques et les violences perpétrées dans l’Est du pays.
La démarche congolaise cherche ainsi à établir un lien entre les massacres, les déplacements forcés, les violences sexuelles et l’exploitation illégale des ressources naturelles.
C’est précisément cette articulation entre violence et économie de guerre qui se trouve au cœur de la notion de « Genocost », contraction utilisée en RDC pour désigner le « génocide congolais pour des gains économiques ».
Washington, une tribune diplomatique stratégique
L’organisation du webinaire aux États-Unis n’est pas anodine.
Washington joue un rôle majeur dans la diplomatie autour de la crise de l’Est de la RDC et dispose d’une influence importante au Conseil de sécurité des Nations unies, dans les institutions financières internationales et auprès des différents acteurs de la région des Grands Lacs.
En choisissant d’organiser cette rencontre depuis la capitale américaine, l’Ambassade congolaise cherche donc à toucher non seulement la diaspora, mais également les chercheurs, défenseurs des droits humains, responsables politiques, diplomates, organisations internationales et autres acteurs susceptibles de contribuer au plaidoyer.
L’objectif annoncé dépasse la seule reconnaissance symbolique. Le thème retenu place explicitement la justice réparatrice au centre des discussions.
Que signifie réellement la justice réparatrice ?
La loi congolaise de 2022 donne à la réparation une portée particulièrement large.
Elle ne se limite pas au versement d’une indemnité financière. Elle englobe notamment la restitution, la réadaptation physique et psychologique, la compensation financière, la satisfaction des victimes, la reconnaissance de leur souffrance, la préservation de la mémoire historique et les garanties destinées à empêcher la répétition des crimes.
Cette conception est importante pour un pays où les conséquences des conflits ne sont pas uniquement humaines.
Des familles ont été déplacées, des villages détruits, des terres abandonnées, des activités économiques interrompues et des communautés durablement traumatisées. Dans plusieurs régions de l’Est, les survivants vivent encore à proximité des lieux où les crimes ont été commis.
La réparation pose donc une question fondamentale : comment rendre justice lorsqu’il est impossible de restituer aux victimes tout ce qui leur a été enlevé ?
Passer de la mémoire à la responsabilité
C’est probablement là que se trouve le principal défi du plaidoyer sur le Genocost.
Commémorer les victimes est indispensable, mais la mémoire ne produit pas automatiquement la justice.
Une stratégie durable devra également permettre d’identifier les crimes de manière précise, d’établir les responsabilités individuelles et institutionnelles, de préserver les preuves, de poursuivre les auteurs lorsque les conditions juridiques le permettent et d’assurer des réparations aux survivants.
Elle devra également distinguer clairement les différentes catégories juridiques : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime d’agression, violences sexuelles liées aux conflits et, lorsque les critères peuvent être démontrés, crime de génocide.
Cette rigueur juridique renforcera plutôt qu’elle n’affaiblira le plaidoyer congolais, car une reconnaissance internationale durable devra reposer sur des faits documentés et des qualifications susceptibles de résister à l’examen judiciaire.
Faire du Genocost une diplomatie de la mémoire
Le webinaire du 20 août représente ainsi une étape supplémentaire dans ce que l’on pourrait appeler une diplomatie congolaise de la mémoire.
Après Kinshasa, Kisangani et les tribunes des Nations unies, la question des victimes congolaises est désormais portée directement auprès des partenaires internationaux à travers les représentations diplomatiques.
L’enjeu est considérable : transformer la souffrance accumulée pendant plusieurs décennies en une politique cohérente de mémoire, de vérité, de justice, de réparation et de non-répétition.
Car la reconnaissance internationale, si elle intervient un jour, ne devrait pas constituer l’aboutissement du processus. Elle devrait devenir le point de départ d’une réponse plus large aux attentes des survivants.
Le Genocost ne peut donc rester uniquement une date dans le calendrier national. Pour produire une véritable transformation, la mémoire devra conduire à la vérité, la vérité à la responsabilité, et la responsabilité à la justice et aux réparations.
Le webinaire organisé le 20 août à Washington entend précisément inscrire cette ambition dans le débat international.












