Ébola en RDC : l’épidémie devient la plus importante de l’histoire du pays et la deuxième au monde

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Ébola en RDC : l’épidémie devient la plus importante de l’histoire du pays et la deuxième au monde
Kinshasa, samedi 1er août 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
L’épidémie d’Ébola provoquée par le virus Bundibugyo continue de progresser à une vitesse exceptionnelle en République démocratique du Congo. En un peu plus de deux mois, elle est devenue la plus importante jamais enregistrée dans le pays et la deuxième plus grande épidémie d’Ébola recensée dans le monde.
Selon le dernier bulletin de l’Organisation mondiale de la santé, publié le 1er août, la RDC comptait 3 605 cas confirmés et 1 587 décès au 30 juillet 2026, soit un taux de létalité d’environ 44 %. À l’échelle internationale, le bilan atteignait 3 626 cas confirmés et 1 589 décès, en tenant compte des 20 cas enregistrés en Ouganda et d’un cas diagnostiqué en France.
L’épidémie actuelle dépasse désormais celle qui avait frappé le Nord-Kivu et l’Ituri entre 2018 et 2020. Cette précédente crise avait totalisé 3 481 cas, dont 3 323 confirmés et 158 probables, ainsi que 2 299 décès. Seule l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016, avec plus de 28 000 contaminations, demeure plus importante à l’échelle mondiale.
Une progression beaucoup plus rapide qu’en 2018
La vitesse de propagation constitue l’un des aspects les plus inquiétants de cette nouvelle épidémie.
Les autorités sanitaires américaines indiquent que le seuil de 1 000 cas confirmés a été franchi environ 40 jours après l’activation de la riposte. Lors de l’épidémie de 2018, près de 235 jours avaient été nécessaires pour dépasser ce même niveau.
La dernière semaine épidémiologique complète a enregistré à elle seule 567 nouveaux cas et 296 décès, les chiffres hebdomadaires les plus élevés depuis le début de la crise. L’OMS précise néanmoins qu’une partie de la forte augmentation observée en juillet résulte également d’un travail de réconciliation des données et de l’amélioration des capacités de dépistage.
Cette correction administrative ne suffit toutefois pas à expliquer l’ensemble de la progression. L’OMS estime que la majeure partie de la hausse reflète une véritable expansion de l’épidémie.
L’Ituri demeure l’épicentre de la crise
Détectée initialement dans la zone de santé de Mongbwalu, en Ituri, l’épidémie touche désormais 49 zones de santé réparties dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo.
L’Ituri concentre à elle seule 88 % des cas confirmés et plus de 82 % des décès signalés en RDC. Les zones de santé de Bunia, Rwampara, Mongbwalu, Nizi, Lita et Nyankunde figurent parmi les plus affectées.
Au total, 33 des 49 zones de santé touchées avaient encore signalé des infections au cours des sept jours précédant le bilan du 30 juillet.
La forte mobilité de la population complique la maîtrise de la maladie. L’Ituri est une région minière et commerciale traversée par d’importants mouvements de personnes entre les villages, les villes, les sites aurifères, les camps de déplacés et les pays voisins.
L’insécurité ralentit la riposte sanitaire
L’épidémie se développe dans une région déjà fragilisée par les conflits armés, les déplacements de population et l’insuffisance des services publics.
Les attaques contre les structures médicales, les restrictions de déplacement et la présence de groupes armés empêchent parfois les équipes sanitaires d’accéder aux communautés affectées. Les opérations de dépistage, d’isolement, de recherche des contacts et d’inhumation sécurisée sont ainsi régulièrement perturbées.
De nombreux habitants vivent également dans des sites de déplacés surpeuplés, avec un accès limité à l’eau potable, à la nourriture, aux soins et aux installations sanitaires. Ces conditions augmentent le risque de transmission et rendent l’isolement des personnes malades particulièrement difficile.
L’OMS considère que les capacités de la riposte doivent être considérablement renforcées pour parvenir à devancer la progression du virus.
Une grande partie des chaînes de transmission demeure inconnue
La recherche des personnes ayant été en contact avec des malades reste l’une des principales faiblesses de la réponse.
Au 30 juillet, 17 863 contacts avaient été identifiés dans les provinces affectées. Parmi eux, 13 455 faisaient l’objet d’un suivi actif. Ce nombre reste insuffisant face à l’ampleur réelle des contaminations.
À la mi-juillet, l’OMS signalait que plus de 80 % des nouveaux malades étaient détectés en dehors des listes de contacts déjà connues. Cela signifie que de nombreuses chaînes de transmission continuaient d’échapper aux équipes de surveillance.
Près des deux tiers des décès survenaient également au sein des communautés, chez des personnes qui n’avaient jamais été admises dans une structure de soins.
Ces décès communautaires présentent un risque majeur. Le corps d’une personne décédée d’Ébola demeure hautement contagieux. Les veillées et les rites funéraires impliquant un contact direct avec la dépouille peuvent donc provoquer de nouvelles infections lorsque les mesures de protection ne sont pas respectées.
Les professionnels de santé fortement exposés
Les travailleurs de la santé continuent eux aussi de payer un lourd tribut.
L’OMS avait recensé 151 infections parmi les professionnels de santé, dont 44 décès. Ces contaminations montrent que les mesures de prévention et de contrôle des infections ne sont pas encore appliquées de manière uniforme dans tous les établissements.
Le manque d’équipements de protection, l’identification tardive des patients, la ressemblance des premiers symptômes avec ceux du paludisme et l’insuffisance de formation peuvent exposer les infirmiers, médecins, laborantins et agents communautaires.
Les premiers signes de la maladie comprennent généralement la fièvre, une fatigue intense, des douleurs musculaires, des maux de tête et des troubles digestifs. Les saignements peuvent apparaître à un stade plus avancé, mais ils ne sont pas présents chez tous les malades.
Aucun vaccin homologué contre la souche Bundibugyo
Contrairement à la souche Zaïre du virus Ébola, le virus Bundibugyo ne dispose actuellement d’aucun vaccin ni traitement spécifique officiellement homologué.
La prise en charge repose donc principalement sur l’isolement rapide, la réhydratation, le traitement des symptômes et des complications, ainsi que sur les autres soins de soutien. Un diagnostic précoce et une prise en charge adaptée peuvent considérablement améliorer les chances de survie.
Des avancées scientifiques importantes sont toutefois en cours. Le 24 juillet, un premier volontaire a reçu une dose du vaccin expérimental ChAdOx1 BDBV, mis au point par l’Université d’Oxford avec l’appui du Serum Institute of India.
Cet essai de phase I vise d’abord à évaluer la sécurité du produit et la réponse immunitaire qu’il provoque. Environ 620 000 doses ont déjà été fabriquées et stockées en prévision d’une éventuelle utilisation future, mais elles ne pourront être administrées à grande échelle qu’après l’obtention de résultats scientifiques et d’autorisations réglementaires suffisantes.
Des traitements expérimentaux évalués en RDC
Un autre essai clinique, appelé PARTNERS, a commencé à recruter des patients en RDC. Les chercheurs évaluent notamment l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir pour déterminer s’ils peuvent réduire la mortalité associée au virus Bundibugyo.
Des recherches sont également menées sur l’obeldesivir, administré à titre préventif à certaines personnes exposées à des malades confirmés, mais qui ne présentent pas encore de symptômes.
Ces travaux représentent un espoir important, mais ils ne constituent pas encore une solution immédiatement disponible pour l’ensemble de la population.
Les scientifiques insistent sur la nécessité de mener la recherche pendant l’épidémie plutôt que d’attendre sa fin. Cette approche pourrait permettre de disposer plus rapidement de données fiables sur l’efficacité des vaccins et des médicaments expérimentaux.
L’Ouganda déclare la fin de son épidémie
L’Ouganda a déclaré, le 28 juillet, la fin de la transmission locale après avoir passé 42 jours sans enregistrer de nouveau cas directement acquis sur son territoire.
Le pays avait recensé 20 cas confirmés et deux décès. La plupart des infections étaient associées à des personnes ayant voyagé depuis la RDC. L’OMS continue toutefois de surveiller la situation pendant 42 jours supplémentaires à compter de la sortie du dernier cas importé, afin de s’assurer qu’aucune chaîne de transmission n’a été manquée.
L’Ouganda demeure exposé à de nouvelles importations tant que l’épidémie se poursuit dans l’Est de la RDC.
Un cas a également été diagnostiqué en France chez une personne contaminée en RDC. Deux patients américains infectés en territoire congolais ont, par ailleurs, été évacués vers l’Allemagne pour y recevoir des soins.
Une réponse américaine rapide, mais réorganisée
Les États-Unis ont mobilisé des financements, du personnel et des capacités scientifiques à un rythme comparable, voire supérieur, à celui observé lors de certaines précédentes épidémies. Environ 400 employés des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies participent à la réponse, dont plus de 120 ont été déployés dans les pays concernés.
Une analyse de l’organisation KFF souligne toutefois que la structure de cette réponse est différente. La disparition de l’Agence américaine pour le développement international, le retrait des États-Unis de l’OMS et le transfert de plusieurs responsabilités vers le Département d’État pourraient compliquer la coordination si l’épidémie devait se prolonger.
Les autorités sanitaires américaines continuent néanmoins d’évaluer comme très faible le risque de propagation sur le territoire des États-Unis, en raison des capacités de détection, d’isolement et de contrôle des infections disponibles dans le pays.
Une mobilisation internationale devenue urgente
L’épidémie actuelle montre que les progrès scientifiques obtenus contre certaines formes d’Ébola ne protègent pas automatiquement contre toutes les espèces du virus.
L’absence d’un vaccin homologué contre Bundibugyo, l’insécurité persistante, la mobilité de la population et les faiblesses du suivi des contacts offrent au virus de nombreuses possibilités de poursuivre sa propagation.
La priorité immédiate consiste à identifier rapidement chaque malade, l’orienter vers une structure adaptée, retrouver ses contacts et assurer des inhumations sécurisées et dignes.
La riposte devra également reposer sur la confiance des communautés. Sans leur participation, les centres de traitement peuvent être rejetés, les malades cachés et les équipes sanitaires empêchées d’intervenir.
Avec plus de 3 600 cas confirmés en RDC en quelques semaines, la crise n’est plus une épidémie locale limitée à l’Ituri. Elle constitue désormais une urgence nationale et régionale exigeant une mobilisation beaucoup plus importante du gouvernement congolais, des partenaires africains et de la communauté internationale.












