RDC : Minaku et Shadary transférés à la justice militaire après plus de 200 jours de détention, Ebola franchit les 4 000 cas

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RDC : Minaku et Shadary transférés à la justice militaire après plus de 200 jours de détention, Ebola franchit les 4 000 cas
Kinshasa, vendredi 7 août 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
Deux dossiers majeurs dominent l’actualité congolaise ce vendredi 7 août 2026 : le transfert à l’Auditorat militaire général de deux hauts responsables du PPRD, Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, après plusieurs mois de détention, et l’aggravation rapide de l’épidémie d’Ebola, qui compte désormais plus de 4 000 cas confirmés dans le pays.
Ces deux sujets, l’un judiciaire et politique, l’autre sanitaire, alimentent les principaux titres de la presse congolaise et soulèvent d’importantes interrogations sur l’État de droit, la sécurité nationale et la capacité des institutions à répondre à une urgence sanitaire d’ampleur exceptionnelle.
Minaku et Shadary désormais entre les mains de la justice militaire
L’ancien président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku et l’ancien vice-Premier ministre Emmanuel Ramazani Shadary, également candidat du Front commun pour le Congo à l’élection présidentielle de 2018, ont vu leur dossier transmis à l’Auditorat militaire général.
Les deux personnalités sont des cadres de premier plan du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, PPRD, formation politique de l’ancien président Joseph Kabila.
Selon Actualité.cd, leur dossier a quitté le Conseil national de cyberdéfense, CNC, où ils auraient été détenus, pour être confié à la justice militaire. Une audition devait intervenir ce vendredi 7 août.
Cette évolution survient après plus de 200 jours de privation de liberté, selon les sources proches de leur dossier.
Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku ainsi que Dunia Kilanga, secrétaire national du PPRD chargé de la mobilisation, avaient été arrêtés à leurs domiciles entre décembre 2025 et janvier 2026 par des hommes armés, certains en uniforme et d’autres en tenue civile.
Plusieurs mois sans présentation devant une juridiction
La durée et les conditions de leur détention sont au centre de la controverse.
Leurs proches, leurs avocats et plusieurs organisations politiques affirment avoir dénoncé pendant des mois l’absence de procédure judiciaire clairement établie et les restrictions imposées aux visites.
Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales considère le transfert à l’Auditorat militaire comme un premier changement dans la situation, mais estime qu’il ne permet pas d’effacer les irrégularités qu’il attribue à la détention antérieure.
L’organisation conteste également le recours à la justice militaire pour juger deux personnalités civiles et réclame leur libération. Cette position constitue toutefois l’argumentation politique et juridique de leurs soutiens et ne préjuge pas des décisions que pourraient prendre les juridictions compétentes.
Quelles accusations pèsent réellement sur eux ?
Une certaine confusion demeure sur les charges précises retenues contre les deux responsables du PPRD.
Certains médias congolais évoquent des poursuites liées à une atteinte à la sûreté de l’État. Toutefois, Actualité.cd indiquait encore au moment du transfert que les charges retenues contre Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary n’avaient pas été officiellement rendues publiques.
Il convient donc de distinguer les accusations rapportées dans la presse des qualifications qui seront éventuellement retenues et communiquées par l’Auditorat militaire.
Le transfert du dossier pourrait justement permettre de clarifier les faits reprochés aux intéressés, les éléments de preuve dont dispose l’accusation et la procédure judiciaire qui sera suivie.
Le PPRD dénonce une opération politique
Du côté du PPRD, les arrestations de ses cadres sont interprétées depuis plusieurs mois comme une tentative de fragilisation de l’ancien parti présidentiel.
Les responsables et alliés de la formation de Joseph Kabila dénoncent ce qu’ils considèrent comme une répression politique visant des figures de l’opposition.
Les autorités devront donc démontrer que la procédure repose sur des faits juridiquement établis et respecte les garanties fondamentales reconnues aux personnes poursuivies.
L’enjeu dépasse le seul sort de Minaku et Shadary : cette affaire devient également un test de la capacité de la justice congolaise à traiter un dossier politiquement sensible dans le respect des règles de procédure et des droits de la défense.
Pendant ce temps, Ebola poursuit sa progression
L’autre grande préoccupation nationale demeure l’épidémie d’Ebola provoquée par la souche Bundibugyo.
Au 4 août, les autorités congolaises faisaient état de 3 973 cas et 1 801 décès. Depuis, le seuil des 4 000 cas confirmés a été franchi, avec environ 1 850 décès, selon les dernières données gouvernementales rapportées vendredi.
La maladie touche cinq provinces et reste particulièrement active dans l’Est de la RDC, avec l’Ituri comme principal épicentre.
Cette épidémie est désormais la deuxième plus importante d’Ebola jamais enregistrée dans le monde, derrière celle d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016.
Les difficultés de recherche des contacts, l’insécurité dans certaines zones, les déplacements massifs de population et l’absence d’un vaccin spécifiquement homologué contre la souche Bundibugyo compliquent considérablement la riposte.
L’alerte de Maluku se termine par des tests négatifs
La crainte d’une extension de l’épidémie vers Kinshasa s’est accentuée cette semaine après l’interception d’une embarcation fluviale à Maluku, à environ 65 kilomètres de la capitale.
Le bateau avait été immobilisé mercredi après que les autorités eurent appris qu’un homme de 32 ans ayant précédemment voyagé à bord était décédé après avoir présenté des symptômes suspects.
Contrairement aux premières informations faisant état d’environ 200 personnes, les autorités sanitaires indiquent désormais que près de 300 passagers se trouvaient à bord.
Tous ont subi un contrôle de température et un examen clinique. Sept personnes présentant notamment de la fièvre et des maux de tête ont fait l’objet de tests spécifiques.
Les résultats communiqués vendredi sont rassurants : les sept tests sont négatifs pour Ebola.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale, INRB, a expliqué que seules les personnes symptomatiques avaient été testées, puisqu’une personne infectée par Ebola n’est généralement pas considérée comme contagieuse avant l’apparition des symptômes.
L’embarcation a été désinfectée et les passagers ont bénéficié d’une assistance médicale et alimentaire.
La surveillance des bateaux renforcée autour de Kinshasa
Malgré ces résultats négatifs, l’alerte de Maluku a conduit les services sanitaires à renforcer la surveillance des embarcations arrivant dans la capitale.
L’objectif est d’éviter qu’une personne infectée provenant d’une zone touchée ne puisse introduire le virus dans une agglomération de plus de 17 millions d’habitants.
L’incident rappelle également l’importance du fleuve Congo comme voie de circulation des personnes et des marchandises entre plusieurs provinces, ce qui nécessite une vigilance accrue tant que l’épidémie reste active.
Washington ajoute 242 millions de dollars à la riposte
Face à l’ampleur de la crise, les États-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 242 millions de dollars américains.
Cette nouvelle enveloppe porte l’assistance directe américaine à environ 512 millions de dollars et devrait financer jusqu’à six mois supplémentaires de riposte sanitaire.
Les financements doivent notamment contribuer au fonctionnement des structures de santé, au dépistage, à la surveillance épidémiologique, à l’approvisionnement en matériel médical et au renforcement des capacités de réponse dans les régions affectées.
Washington affirme avoir déjà soutenu plus de 180 structures sanitaires et acheminé près de 300 tonnes de fournitures essentielles.
L’Organisation mondiale de la santé avertit cependant que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être supérieure aux chiffres officiels en raison des difficultés de dépistage et des insuffisances dans le suivi des contacts.
Deux dossiers qui mettent les institutions à l’épreuve
La journée du 7 août place ainsi la RDC devant deux défis de nature très différente.
Dans l’affaire Minaku-Shadary, l’enjeu concerne la légalité de la détention, la transparence de la procédure, les droits de la défense et l’indépendance de la justice.
Dans la lutte contre Ebola, il s’agit de renforcer rapidement la surveillance, les capacités médicales, l’information du public et la confiance des communautés avant que la maladie ne s’étende davantage.
Dans les deux cas, la crédibilité des institutions dépendra moins des déclarations que de leur capacité à agir de façon transparente, rigoureuse et conforme aux règles établies.
Pour Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, le passage du dossier des services de sécurité vers l’Auditorat militaire pourrait enfin ouvrir une nouvelle phase judiciaire, au cours de laquelle les accusations devront être clairement établies et débattues.
Pour Ebola, la course est beaucoup plus urgente : avec plus de 4 000 cas confirmés, chaque retard dans la détection et l’isolement des malades peut alimenter de nouvelles chaînes de transmission.












