Ebola en RDC : l’enseignement à distance instauré dans 18 zones à haut risque pour protéger la rentrée scolaire

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Ebola en RDC : l’enseignement à distance instauré dans 18 zones à haut risque pour protéger la rentrée scolaire
Kinshasa, mercredi 19 août 2026 — Rédaction de KazibaOnline.com
Face à la progression de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, le Gouvernement prépare une rentrée scolaire différenciée dans les régions les plus exposées. Dans 18 zones de santé classées à haut risque, les élèves devraient suivre principalement leurs enseignements à distance afin de limiter les rassemblements et de réduire les risques de transmission du virus.
La mesure a été annoncée mardi 18 août par la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, lors d’une conférence de presse organisée à Kinshasa aux côtés du ministre de la Santé publique, Samuel-Roger Kamba, et du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
L’objectif du Gouvernement est double : protéger les élèves et le personnel scolaire sans interrompre totalement les apprentissages.
Une rentrée adaptée au niveau de risque sanitaire
Le dispositif prévu repose sur une approche différenciée selon l’évolution de l’épidémie.
Les autorités utilisent notamment une classification permettant de distinguer les zones selon leur niveau de risque. L’objectif, a expliqué Raïssa Malu, est d’empêcher qu’une zone considérée comme relativement maîtrisée ne bascule vers un niveau de transmission plus important.
Dans les zones présentant le risque le plus élevé, les grands rassemblements scolaires devront être évités et l’enseignement à distance privilégié.
La stratégie permet ainsi au Gouvernement d’éviter une fermeture uniforme des écoles sur l’ensemble du territoire national alors que l’épidémie ne frappe pas toutes les régions avec la même intensité.
Des cours à la radio et sur papier
L’enseignement à distance envisagé ne reposera pas uniquement sur Internet.
Cette particularité est essentielle dans un pays où de nombreuses familles, surtout en milieu rural, ne disposent ni d’une connexion Internet fiable ni d’appareils numériques adaptés à l’apprentissage en ligne.
Selon Raïssa Malu, des contenus pédagogiques seront préparés par cycles de quatre semaines, puis imprimés et distribués aux élèves des zones concernées. Des cours et autres programmes éducatifs seront également diffusés par les radios locales et communautaires.
Ce modèle cherche ainsi à utiliser des moyens accessibles au plus grand nombre.
La radio pourrait notamment jouer un rôle déterminant dans les localités où les téléphones intelligents, les ordinateurs et l’accès à Internet restent limités.
Éviter une deuxième crise : celle de l’éducation
La décision répond à un dilemme difficile.
Maintenir normalement les écoles ouvertes dans les foyers de transmission peut augmenter les contacts entre enfants, enseignants, parents et communautés.
Mais fermer totalement les établissements pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois risquerait également de créer une crise éducative, particulièrement pour les enfants déjà fragilisés par la guerre, les déplacements de population et la pauvreté.
Le Gouvernement cherche donc à maintenir une forme de continuité pédagogique afin que les élèves puissent conserver leurs acquis et poursuivre leur programme même lorsqu’ils ne peuvent pas fréquenter normalement leur établissement.
Enseignants et parents appelés à la vigilance
Le dispositif ne se limite pas aux cours à distance.
Une importante campagne de sensibilisation doit également viser les enseignants, les chefs d’établissement, les parents et les communautés.
Raïssa Malu a notamment insisté sur un principe élémentaire : une personne présentant des signes de maladie ne doit pas se rendre à l’école.
Les autorités sanitaires et scolaires prévoient également de limiter certains rassemblements dans les zones considérées comme vulnérables et d’adapter les activités scolaires à l’évolution de la situation épidémiologique.
Cette collaboration entre les ministères de la Santé et de l’Éducation devrait permettre d’ajuster régulièrement les mesures selon la progression ou le recul de l’épidémie.
Une épidémie qui continue de progresser
Ces mesures interviennent alors que la RDC fait face à une épidémie d’Ebola d’une ampleur exceptionnelle.
Lors de la conférence de presse du 18 août, le ministre de la Santé Samuel-Roger Kamba a fait état de plus de 5 000 cas confirmés et d’environ 2 370 décès enregistrés en trois mois dans cinq provinces. Il a également affirmé qu’aucun cas n’était confirmé à Kinshasa à cette date.
Quelques jours auparavant, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé avait déjà qualifié la situation de particulièrement préoccupante. Au 12 août, l’OMS recensait officiellement 4 449 cas confirmés et 2 061 décès dans cinq provinces et 53 zones de santé, faisant de cette flambée la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée.
Le virus en circulation appartient à la souche Bundibugyo, dont la propagation a été particulièrement rapide au cours des derniers mois.
L’école devient aussi un espace de prévention
Dans ce contexte, les établissements scolaires sont appelés à jouer un rôle dépassant la seule transmission des connaissances.
Ils constituent également des lieux stratégiques pour diffuser les messages de prévention auprès des enfants et, indirectement, de leurs familles.
Les enseignants peuvent notamment contribuer à rappeler les comportements essentiels : signaler rapidement les symptômes, éviter les contacts avec une personne malade, suivre les orientations des services sanitaires et lutter contre les rumeurs susceptibles de compromettre la riposte.
La réussite du dispositif dépendra donc autant de l’organisation pédagogique que de la confiance entre les populations, les écoles et les équipes sanitaires.
Le défi de l’accès réel à l’enseignement à distance
La mesure gouvernementale soulève cependant une autre question : tous les enfants auront-ils réellement accès aux contenus pédagogiques ?
L’expérience des périodes de fermeture des écoles montre que l’enseignement à distance peut accentuer les inégalités lorsque certaines familles disposent de radios, de téléphones, d’électricité ou d’un accompagnement parental, tandis que d’autres en sont privées.
La distribution régulière de supports imprimés devient donc particulièrement importante.
Le Gouvernement devra également s’assurer que les documents atteignent effectivement les villages les plus éloignés et que les émissions radiophoniques soient diffusées à des horaires accessibles aux élèves.
Il faudra enfin prévoir des mécanismes permettant aux enseignants de suivre les progrès des enfants, de corriger les exercices et d’identifier ceux qui risquent de décrocher.
Protéger la santé sans sacrifier l’avenir scolaire
La décision d’instaurer l’enseignement à distance dans 18 zones à haut risque illustre la complexité de la réponse à Ebola.
Une épidémie ne menace pas uniquement la santé. Elle perturbe également l’éducation, l’économie, les déplacements et la vie quotidienne des communautés.
Le véritable enjeu sera donc de trouver un équilibre entre protection sanitaire et droit à l’éducation.
Si le dispositif fonctionne, les enfants des zones les plus touchées pourront continuer à apprendre tout en réduisant leur exposition aux rassemblements susceptibles de favoriser la transmission.
Mais son efficacité dépendra de la capacité des autorités à fournir les supports pédagogiques à temps, mobiliser les radios communautaires, accompagner les enseignants et adapter rapidement les mesures à l’évolution de l’épidémie.
Face à Ebola, protéger l’école ne signifie donc pas seulement maintenir les portes des établissements ouvertes. Il s’agit surtout de garantir que l’apprentissage puisse continuer, même lorsque la situation sanitaire oblige les élèves à rester loin des salles de classe.
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