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31 octobre 2026
Opinion

Joseph Kabila : dix-huit ans au pouvoir ne s’effacent pas par une promesse de refondation

À la tête du FRN, Joseph Kabila doit expliquer son bilan de dix-huit ans et les garanties que ses alliances offrent pour une paix souveraine en RDC.

Joseph Kabila serre la main d’un homme en tenue militaire, devant le drapeau de la RDC. Photo fournie à la rédaction, retouchée avec l’aide de l’IA ; date et lieu non précisés.
— Image retouchée
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À la tête du FRN, l’ancien président promet de reconstruire la République. Mais sa crédibilité dépend de deux réponses : expliquer les échecs de son propre pouvoir et démontrer que ses alliances actuelles peuvent conduire à une paix respectueuse de la souveraineté congolaise.

Tribune d’opinion.

Depuis Kaziba, le mot « refondation » doit être jugé à hauteur de population : pouvoir rejoindre un champ, maintenir une école ouverte, accéder aux soins, rentrer chez soi sans craindre de nouveaux combats. Voilà ce qu’un projet politique devrait permettre de garantir. Une conquête territoriale ou un changement de président ne suffisent pas à l’établir.

C’est à cette exigence que Joseph Kabila doit être confronté. Le Front pour la refondation de la nation (FRN), qu’il dirige, annonce vouloir reconstruire l’État tout en envisageant explicitement le recours à la force contre le pouvoir de Kinshasa. Cette contradiction commande le débat : comment promettre une République protectrice par une stratégie qui risque d’exposer davantage les citoyens à la guerre ?

Dix-huit années constituent un bilan, pas un argument d’autorité

Joseph Kabila a gouverné la RDC de 2001 à 2019, comme le rappelle la présentation de son parcours par la Présidence congolaise. Son expérience lui donne une connaissance du pouvoir ; elle ne lui accorde aucune présomption de réussite future. Elle alourdit plutôt son obligation de rendre des comptes.

Ses défenseurs peuvent rappeler les difficultés du pays à son arrivée, la transition et les élections de 2006. Ces éléments appartiennent au bilan et doivent y rester. Mais ils ne dispensent pas d’examiner les choix qui ont fragilisé la confiance dans les institutions.

Trois dossiers permettent de dépasser les reproches généraux.

Premier dossier : l’intégration des rébellions dans l’armée. En 2009, les combattants du CNDP ont été intégrés aux forces congolaises. Human Rights Watch a documenté le maintien de fidélités aux anciens chefs et de structures de commandement parallèles. L’organisation rappelle également que Bosco Ntaganda a obtenu des responsabilités militaires malgré le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale qui le visait.

Le problème dépasse un homme. Une politique qui transforme la puissance armée en accès aux grades et aux responsabilités risque de rendre la rébellion politiquement rentable. Kabila doit expliquer ce qu’il a appris de cette logique et comment sa « refondation » empêcherait sa reproduction.

Deuxième dossier : les arrangements sécuritaires avec Kigali. En janvier 2009, le rapprochement entre les deux gouvernements a permis une opération conjointe contre les FDLR sur le territoire congolais. Le retrait officiel des troupes rwandaises n’a cependant pas clos l’insécurité ; HRW a documenté des représailles et de nouveaux déplacements de civils dans les mois suivants.

Négocier avec un voisin n’est pas une faute. La question est celle des résultats, du contrôle et de la durée. Quels engagements ont échoué ? Quelles garanties manquaient ? Pourquoi un nouvel arrangement serait-il plus solide ?

Troisième dossier : la protection des libertés. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a documenté au moins quarante personnes tuées par les forces de défense et de sécurité entre le 15 et le 31 décembre 2016, dans le contexte des manifestations entourant la fin du second mandat présidentiel.

Ce constat ne suffit pas à établir une responsabilité pénale personnelle de Joseph Kabila. Il pose néanmoins une question politique incontournable à l’ancien chef de l’État : quelles garanties offre-t-il aujourd’hui contre les abus des institutions qu’il promet de reconstruire ?

Sans réponses précises à ces dossiers, l’expérience invoquée ressemble davantage à une demande d’indulgence qu’à une preuve de renouvellement.

Le Rwanda : l’épreuve décisive des alliances du FRN

La conflictualité entre la RDC et le Rwanda constitue une dimension majeure des guerres de l’Est. Elle n’en explique pas chaque violence : les conflits fonciers, l’impunité, les intérêts économiques et les défaillances administratives comptent aussi. Mais les ingérences extérieures peuvent exploiter ces fragilités, tandis que les dirigeants congolais peuvent invoquer la menace extérieure pour esquiver leurs propres responsabilités.

Une politique sérieuse doit agir sur les deux dimensions.

La résolution 2773 du Conseil de sécurité a condamné les offensives du M23 soutenues par les forces rwandaises, appelé au retrait de ces forces et à la cessation de leur soutien au mouvement. Elle demande aussi des mesures contre les FDLR et la poursuite des efforts diplomatiques. Ce cadre empêche de réduire le conflit à une simple querelle entre personnalités congolaises.

Or le FRN rassemble des responsables issus de l’AFC/M23. Joseph Kabila doit donc expliquer comment les alliances qui soutiennent son ambition seraient compatibles avec l’indépendance de la politique congolaise.

La question décisive est celle-ci : quels engagements accepterait-il lorsque leur application contrarierait ses partenaires ?

Une réponse crédible exigerait une position publique sur le retrait des forces rwandaises, la fin des soutiens aux groupes armés, la transparence des accords sécuritaires et économiques, ainsi que des mécanismes indépendants de vérification. Elle devrait aussi inclure la responsabilité judiciaire des auteurs d’exactions appartenant à son propre camp.

Ces exigences ne supposent pas de refuser toute coopération avec Kigali. Elles permettent de distinguer une coopération entre États souverains d’un arrangement dont les populations congolaises paieraient le prix.

Le précédent de 2013 interdit les récits simplistes

Une critique rigoureuse doit reconnaître qu’en 2013, sous la présidence de Kabila, le M23 a subi une défaite militaire. HRW l’attribuait notamment aux opérations de l’armée congolaise et au soutien crucial de la MONUSCO et de sa brigade d’intervention.

Ce précédent empêche de présenter ses dix-huit années comme une succession uniforme d’échecs. Mais il renforce une interrogation : pourquoi les acquis sécuritaires n’ont-ils pas été suffisamment consolidés ?

Un succès militaire ponctuel ne remplace pas une armée professionnelle, une justice crédible et des institutions capables de durer. C’est cette consolidation que le nouveau projet doit démontrer, plutôt que promettre une nouvelle victoire.

Les échecs de Tshisekedi ne constituent pas un mandat pour Kabila

Les manquements de Félix Tshisekedi doivent être examinés pour eux-mêmes. Ils ne prouvent ni la compétence de son prédécesseur ni la légitimité du recours aux armes.

Les citoyens peuvent demander des comptes au gouvernement actuel sans remettre leur avenir à un ancien dirigeant. Ils peuvent également contester les deux hommes. Aucune rivalité personnelle ne doit confisquer cette liberté.

Pour Kaziba comme pour l’ensemble du pays, le critère demeure concret : quelle proposition réduit les violences, protège les droits et permet aux habitants de reconstruire leur existence ?

Après dix-huit années au sommet de l’État, Joseph Kabila doit davantage qu’une nouvelle promesse. Il doit une explication sur son bilan et des garanties sur ses alliances. Sans ces réponses, la refondation annoncée demande aux Congolais une confiance que son parcours ne suffit pas à justifier.

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