États-Unis : près d’un Américain sur deux favorable à l’arrestation de Benjamin Netanyahu

Écouter cet article
États-Unis : près d’un Américain sur deux favorable à l’arrestation de Benjamin Netanyahu
Washington, mercredi 29 juillet 2026
La perception d’Israël et de son Premier ministre, Benjamin Netanyahu, connaît une évolution importante au sein de l’opinion publique américaine.
D’après un sondage The Economist/YouGov publié le mardi 28 juillet 2026, 49 % des citoyens américains interrogés estiment que les autorités des États-Unis devraient arrêter Benjamin Netanyahu s’il entrait sur le territoire américain, conformément au mandat délivré contre lui par la Cour pénale internationale, CPI.
À l’inverse, 27 % des personnes interrogées s’opposent à une telle arrestation, tandis que 23 % déclarent ne pas avoir d’opinion arrêtée sur la question. L’enquête a été menée du 25 au 27 juillet auprès de 1 559 citoyens américains adultes.
Une opinion américaine profondément divisée
Les résultats montrent une fracture politique particulièrement marquée.
Parmi les sympathisants démocrates, 68 % souhaitent que les États-Unis procèdent à l’arrestation du dirigeant israélien. Cette position est partagée par 55 % des indépendants, mais seulement par 24 % des républicains.
Le soutien à une arrestation tombe à 21 % chez les républicains se définissant comme membres du mouvement MAGA. À l’inverse, 61 % de ce groupe s’y opposent.
La différence générationnelle est également visible. L’arrestation de Benjamin Netanyahu est soutenue par 58 % des personnes âgées de 18 à 29 ans, contre 43 % des Américains de 65 ans et plus. Même parmi les électeurs les plus âgés, traditionnellement plus favorables à Israël, une proportion importante se montre donc favorable à l’application du mandat.
Près de la moitié le considère responsable de crimes de guerre
Le même sondage révèle que 47 % des répondants pensent que Benjamin Netanyahu est coupable de crimes de guerre à Gaza. Vingt-quatre pour cent ne partagent pas cette opinion, tandis que 29 % restent indécis.
Cette perception est majoritaire chez les démocrates, à 71 %, et les indépendants, à 52 %. Elle ne concerne que 20 % des républicains interrogés.
Par ailleurs, 43 % des Américains estiment qu’Israël commet un génocide contre les civils palestiniens. Vingt-quatre pour cent rejettent cette qualification et 32 % ne se prononcent pas. Ces réponses expriment l’opinion des personnes interrogées et ne constituent pas des conclusions judiciaires.
Ce que reproche la Cour pénale internationale à Netanyahu
La CPI a délivré un mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahu le 21 novembre 2024.
Les juges ont estimé qu’il existait des motifs raisonnables de le soupçonner d’être pénalement responsable du crime de guerre consistant à utiliser la famine comme méthode de guerre, ainsi que de crimes contre l’humanité comprenant le meurtre, la persécution et d’autres actes inhumains.
Ces accusations portent sur la conduite de la guerre à Gaza entre octobre 2023 et mai 2024. Elles demeurent des allégations judiciaires qui devront être examinées lors d’un éventuel procès. Le mandat ne constitue donc pas une condamnation et Benjamin Netanyahu bénéficie de la présomption d’innocence.
Le Premier ministre israélien rejette catégoriquement les accusations de la CPI. Il présente la procédure comme politiquement motivée et affirme que les opérations militaires israéliennes visent le Hamas, et non la population civile.
Une arrestation peu probable aux États-Unis
La CPI ne possède pas de force de police chargée d’exécuter directement ses mandats. Elle dépend de la coopération des États.
Les États-Unis et Israël ne sont pas parties au Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour, et Washington ne reconnaît pas la compétence de la CPI à l’égard des ressortissants israéliens dans cette affaire.
Le gouvernement américain ne considère donc pas être juridiquement tenu d’arrêter Benjamin Netanyahu. Toute tentative d’exécution du mandat aux États-Unis rencontrerait d’importants obstacles juridiques, diplomatiques et politiques.
L’administration de Donald Trump soutient le dirigeant israélien face à la CPI. Le président américain a d’ailleurs assuré que Benjamin Netanyahu ne serait pas arrêté sur le sol des États-Unis.
Zohran Mamdani reconnaît les limites de son autorité
La question du mandat d’arrêt a également suscité une controverse à New York, où Benjamin Netanyahu devrait se rendre en septembre pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies.
Le maire de New York, Zohran Mamdani, avait publiquement déclaré qu’il examinerait les moyens juridiques permettant d’arrêter le Premier ministre israélien lors de son passage dans la ville.
Après consultation de ses services, il a toutefois reconnu que la municipalité ne disposait pas d’une autorité juridique indépendante lui permettant d’exécuter le mandat de la CPI. Il a donc appelé le gouvernement fédéral à rejoindre la Cour et à prendre lui-même les mesures nécessaires.
Benjamin Netanyahu a répondu en accusant le maire de New York d’alimenter la haine et de dresser certaines communautés les unes contre les autres. Il a confirmé son intention de se rendre à New York et de participer à l’Assemblée générale malgré les appels à son arrestation.
Le soutien américain à Israël s’érode
Le sondage YouGov s’inscrit dans une transformation plus large de l’opinion américaine.
Une enquête Gallup publiée en février 2026 indiquait que 41 % des Américains éprouvaient davantage de sympathie pour les Palestiniens, contre 36 % pour les Israéliens. La différence se situait dans la marge d’erreur, mais il s’agissait de la première fois depuis le début de cette série de sondages, en 2001, qu’Israël ne bénéficiait plus d’une avance dans l’opinion américaine.
Le changement est particulièrement prononcé parmi les démocrates, les indépendants et les jeunes adultes. Les républicains demeurent majoritairement favorables à Israël, bien que leur soutien ait également reculé par rapport aux années précédentes.
Gallup relevait néanmoins que 46 % des Américains conservaient une opinion favorable d’Israël en tant que pays, contre 37 % pour les territoires palestiniens. La baisse du soutien à la politique du gouvernement Netanyahu ne signifie donc pas nécessairement un rejet généralisé d’Israël ou de sa population.
Une visite à Washington dans un contexte délicat
Benjamin Netanyahu se trouvait cette semaine à Washington pour rencontrer le président Donald Trump et assister aux funérailles du sénateur républicain Lindsey Graham, l’un des plus importants défenseurs d’Israël au Congrès américain.
Cette visite intervient alors que les relations entre Israël et une partie de la société américaine se fragilisent sous l’effet de la guerre à Gaza, de la crise humanitaire palestinienne et de l’élargissement des affrontements au Moyen-Orient.
Le sondage ne signifie pas que Benjamin Netanyahu risque une arrestation imminente aux États-Unis. Il révèle toutefois un changement politique majeur : une proportion croissante d’Américains ne considère plus le soutien à un dirigeant israélien comme automatique et se montre prête à envisager l’intervention de la justice internationale.
L’évolution de l’opinion américaine pourrait, à terme, influencer les débats sur l’aide militaire à Israël, la politique étrangère de Washington et la manière dont les États-Unis répondent aux accusations de violations du droit international dans la bande de Gaza.












