RDC : Bob Kabamba dénonce un système qui transforme les rébellions en moyen d’ascension politique

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RDC : Bob Kabamba dénonce un système qui transforme les rébellions en moyen d’ascension politique
Kinshasa — Rédaction de KazibaOnline.com
En République démocratique du Congo, le recours aux armes aurait progressivement cessé d’être uniquement un instrument de confrontation militaire pour devenir, dans certains cas, une voie d’accès aux négociations, aux institutions et au pouvoir.
C’est l’analyse développée par Bob Kabamba Kazadi, professeur de science politique à l’Université de Liège, au cours d’un échange organisé sur X par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. Le politologue décrit cette pratique comme l’un des « péchés originels » du système politique congolais.
Selon lui, l’histoire politique de la RDC a régulièrement envoyé un message dangereux : lorsqu’un groupe se sent exclu du jeu institutionnel, prendre les armes peut lui permettre de devenir un interlocuteur incontournable.
La rébellion comme moyen d’obtenir une place politique
Bob Kabamba estime que plusieurs acteurs ont compris, au fil des crises congolaises, qu’une rébellion suffisamment puissante pouvait contraindre les autorités et les partenaires internationaux à ouvrir des négociations.
Des mouvements initialement absents des institutions ont ainsi pu obtenir une reconnaissance politique après avoir démontré leur capacité à contrôler un territoire, à perturber le fonctionnement de l’État ou à résister aux opérations militaires.
Le chercheur fait remonter cette dynamique aux premières crises ayant suivi l’indépendance. Selon son analyse, les conflits des années 1960, puis les rébellions apparues au cours des décennies suivantes, ont progressivement installé la violence comme un instrument de promotion politique et de conquête du pouvoir.
Cette logique crée un précédent préoccupant : les personnes qui poursuivent leurs revendications par des moyens pacifiques peuvent se sentir ignorées, tandis que celles qui prennent les armes finissent parfois par être entendues.
Sun City, entre sortie de guerre et partage du pouvoir
Pour illustrer son propos, Bob Kabamba revient sur le dialogue intercongolais de Sun City, organisé au début des années 2000 pour mettre fin à une guerre ayant impliqué plusieurs mouvements armés et pays de la région.
Ces négociations avaient permis de réunir le gouvernement, les principales rébellions, l’opposition politique et la société civile autour d’un objectif commun : prévenir l’éclatement durable du pays et préparer le retour à un ordre constitutionnel.
Le compromis avait notamment débouché sur le partage des responsabilités au sein des institutions de transition. Des postes gouvernementaux, parlementaires, diplomatiques et administratifs avaient été répartis entre les différentes composantes. Le dispositif avait également conduit à la formule dite « 1+4 », avec un président entouré de quatre vice-présidents.
Pour Bob Kabamba, ce compromis avait contribué à mettre fin à une guerre dévastatrice. Il aurait cependant aussi renforcé l’idée selon laquelle la lutte armée pouvait permettre d’accéder plus rapidement au pouvoir que la compétition démocratique.
Des chefs rebelles intégrés dans l’armée
Le politologue critique également la manière dont certains anciens combattants ont été intégrés dans les Forces armées de la RDC à travers les opérations de brassage, de mixage et de réunification de l’armée.
Ces mécanismes étaient censés transformer les anciennes forces belligérantes en une armée nationale unifiée. Toutefois, selon Bob Kabamba, plusieurs chefs rebelles ont reçu des grades élevés sans que leurs structures militaires soient réellement démantelées.
Il évoque notamment le phénomène de « généraux sans troupes » installés à Kinshasa, alors qu’une partie de leurs anciens combattants demeurait sur le terrain sous le commandement d’adjoints. Ces derniers pouvaient ensuite être tentés de créer leur propre rapport de force afin d’obtenir, à leur tour, une intégration et une promotion.
Cette pratique aurait ainsi contribué à fragiliser la chaîne de commandement, à multiplier les réseaux de loyauté et à affaiblir la professionnalisation de l’armée congolaise.
Quand la paix prend le dessus sur la justice
Bob Kabamba souligne également le dilemme auquel les autorités sont régulièrement confrontées lorsqu’un groupe armé devient suffisamment puissant pour ne plus pouvoir être facilement neutralisé.
Dans une telle situation, les décideurs doivent choisir entre poursuivre les responsables présumés de crimes ou négocier avec eux afin de mettre fin aux combats. Selon lui, l’option de la paix immédiate l’emporte presque toujours sur celle de la justice.
Cette approche peut se comprendre lorsqu’il s’agit de sauver des vies et de faire cesser une guerre. Elle risque néanmoins de créer un sentiment d’impunité lorsque les accords prévoient l’intégration politique ou militaire des belligérants sans mécanisme crédible de poursuite, de vérité ou de réparation.
Le chercheur rappelle qu’après le dialogue de Sun City, une loi d’amnistie avait été adoptée dans le cadre de la transition. Cette mesure avait facilité la réconciliation politique, mais elle avait aussi limité les possibilités d’établir les responsabilités pour certains actes commis durant les conflits.
La justice transitionnelle face aux intérêts des anciens belligérants
La mise en place d’une justice transitionnelle demeure particulièrement difficile dans un système où plusieurs anciens acteurs des conflits ont ensuite rejoint l’armée, le gouvernement, le Parlement ou d’autres institutions publiques.
Bob Kabamba estime qu’il est compliqué de demander aux bénéficiaires de ces compromis d’établir des mécanismes susceptibles d’examiner leur propre passé ou celui de leurs anciens alliés.
Les dispositifs de justice transitionnelle devraient pourtant permettre d’établir les faits, de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves, de réparer les préjudices subis par les victimes et de prévenir la répétition des violences.
Mais leur mise en œuvre suppose une volonté politique suffisamment forte pour dépasser les intérêts particuliers et les protections acquises à travers les accords de paix.
Une justice qui doit concerner toutes les parties
L’analyse de Bob Kabamba ne vise pas uniquement les mouvements rebelles. Le professeur rappelle que des violations des droits humains ont également été attribuées à certains éléments des forces gouvernementales.
Une justice crédible ne devrait donc pas poursuivre exclusivement les vaincus ou les adversaires du pouvoir. Elle devrait examiner les responsabilités de l’ensemble des acteurs impliqués, qu’ils appartiennent aux groupes armés, aux forces régulières ou aux structures politiques.
Dans le cas contraire, les poursuites risquent d’être perçues comme une justice sélective et de renforcer le sentiment de « deux poids, deux mesures ».
Rompre le cycle entre rébellion et récompense
La réflexion de Bob Kabamba intervient alors que la RDC débat des conditions d’un nouveau dialogue national et de la participation éventuelle des acteurs ayant pris les armes.
Le gouvernement affirme que les groupes armés, notamment l’AFC/M23, ne doivent pas être admis à une concertation politique interne. Certains responsables de l’opposition défendent au contraire un dialogue sans exclusion, estimant qu’aucune paix durable ne peut être obtenue sans associer tous les protagonistes de la crise.
L’enjeu dépasse toutefois la composition d’une seule table de négociation. Il concerne le message que l’État souhaite transmettre aux générations futures.
Continuer à offrir des postes, des grades et une reconnaissance institutionnelle en échange de l’abandon des armes peut permettre de mettre temporairement fin aux combats. Mais lorsque cette méthode n’est accompagnée ni de justice, ni de désarmement effectif, ni de réforme institutionnelle, elle risque de préparer la prochaine rébellion.
La RDC doit donc trouver un équilibre entre la nécessité de négocier la paix et l’obligation de ne plus présenter la violence comme le moyen le plus efficace d’accéder au pouvoir.
Pour Bob Kabamba, rompre ce cycle exige de renforcer les institutions, de garantir l’accès pacifique à la compétition politique et d’appliquer la justice à toutes les parties. Sans ces changements, chaque accord de paix risque de contenir les germes du conflit suivant.












