RDC–Tchad : le Forum africain de l’eau ravive le débat sensible sur le transfert des eaux de l’Oubangui

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RDC–Tchad : le Forum africain de l’eau ravive le débat sensible sur le transfert des eaux de l’Oubangui
Rédaction de KazibaOnline.com
La participation du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo au Forum africain de l’eau, organisé les 15 et 16 juillet 2026 à N’Djamena, relance en République démocratique du Congo un débat ancien et particulièrement sensible : celui d’un éventuel transfert des eaux du bassin du Congo, notamment de la rivière Oubangui, vers le lac Tchad.
Organisé par le gouvernement tchadien avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, le forum a réuni cinq chefs d’État, des représentants de vingt-cinq pays africains, des institutions financières et plusieurs partenaires au développement. La rencontre était placée sous le thème « De la vision à l’action » et visait principalement à renforcer les investissements, la gouvernance et la coopération dans le secteur de l’eau.
Tshisekedi appelle à une gouvernance coopérative de l’eau
Dans son intervention, le chef de l’État congolais a proposé cinq orientations pour améliorer la sécurité hydrique du continent. Il a notamment plaidé pour une meilleure intégration des politiques relatives à l’eau, à l’agriculture, à l’énergie, à la santé, à l’environnement et à l’urbanisme.
Félix Tshisekedi a également recommandé le renforcement des institutions chargées de l’eau, la préparation de projets techniquement viables, la mobilisation des financements publics et privés ainsi que le développement d’une industrie africaine capable de produire des équipements hydrauliques.
« Aucun État ne peut garantir seul sa sécurité hydrique », a-t-il déclaré, appelant à la création d’une coalition entre les gouvernements, les institutions financières, le secteur privé et les communautés.
Le président congolais a par ailleurs présenté les objectifs de la RDC à l’horizon 2035 : porter l’accès à l’eau potable à 60 %, celui des services d’assainissement et d’hygiène à 50 %, et assurer des infrastructures adéquates dans 80 % des écoles et établissements de santé.
Cependant, dans le discours officiellement publié, Félix Tshisekedi n’a annoncé ni l’adhésion de la RDC au projet de transfert des eaux de l’Oubangui ni la signature d’un nouvel accord à ce sujet.
Un vieux projet toujours entouré de controverses
Le projet généralement connu sous les appellations Transaqua ou transfert interbassins vise à acheminer une partie des eaux du bassin de l’Oubangui vers le système Chari–Logone, qui alimente le lac Tchad.
La Commission du bassin du lac Tchad s’intéresse à cette possibilité depuis plusieurs décennies. Une étude de faisabilité achevée en 2011 avait examiné différentes options de transfert, notamment à partir des cours d’eau de la République centrafricaine appartenant au bassin Congo-Oubangui.
Les chercheurs ayant analysé ces scénarios soulignent néanmoins que les effets d’un transfert dépendraient fortement des conditions climatiques, du volume déplacé et de la gestion des ressources existantes. Ils mettent également en évidence des risques géopolitiques, environnementaux et financiers considérables. Dans plusieurs scénarios, le transfert étudié ne produirait que des effets limités sur le niveau du lac Tchad.
L’énigme de l’accord présumé de 2005
Le débat congolais est alimenté depuis plusieurs années par l’affirmation selon laquelle un accord aurait été conclu en 2005 entre les présidents Joseph Kabila, Idriss Déby Itno et François Bozizé.
Ève Bazaiba Masudi, alors députée nationale, avait publiquement évoqué l’existence présumée de cet engagement et demandé que le texte soit rendu accessible. Elle estimait qu’une décision d’une telle importance ne pouvait être appliquée sans débat national, sans études approfondies et sans l’approbation des institutions congolaises.
Toutefois, aucun texte officiel complet établissant clairement l’autorisation de la RDC de transférer les eaux de l’Oubangui n’a été rendu public. Certaines publications attribuent l’accord de 2005 à la République du Congo plutôt qu’à la République démocratique du Congo, ce qui entretient davantage la confusion.
En l’absence du document original, l’existence, la portée juridique et les obligations exactes d’un éventuel accord signé au nom de la RDC demeurent donc difficiles à établir.
Une opposition officiellement exprimée en 2018
En avril 2018, le gouvernement congolais avait affirmé devant l’Assemblée nationale qu’il n’était pas question de transférer les eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad. Ève Bazaiba, qui participait à une commission parlementaire chargée du dossier, avait alors qualifié la question de particulièrement délicate et demandé davantage de transparence.
Lorsqu’elle dirigeait le ministère de l’Environnement, elle avait encore soutenu qu’aucun projet de cette ampleur ne pouvait être mis en œuvre sans étude préalable sur ses conséquences environnementales, économiques, sociales et géopolitiques. Elle occupe, depuis août 2025, le ministère des Affaires sociales, des Actions humanitaires et de la Solidarité nationale.
Ces prises de position montrent que le dossier dépasse largement la question de la solidarité entre pays africains. Il touche directement à la souveraineté de la RDC sur ses ressources naturelles et à son droit de définir les conditions de leur utilisation.
Coopération hydrique ou ouverture au transfert ?
L’appel de Félix Tshisekedi à une gouvernance coopérative de l’eau peut être interprété de différentes manières. Pour les uns, il traduit simplement la volonté de développer des politiques communes sur l’accès à l’eau potable, le financement des infrastructures et l’adaptation climatique.
Pour d’autres, sa présence à N’Djamena et ses échanges avec Mahamat Idriss Déby Itno pourraient préparer une reprise des discussions sur le transfert interbassins. Cette lecture demeure cependant une hypothèse : aucune annonce officielle ne permet, à ce jour, d’affirmer que Kinshasa a accepté le projet Transaqua.
Les deux chefs d’État ont officiellement discuté de la coopération bilatérale, du développement durable, de la paix, de la sécurité et de la gestion des ressources hydriques. La présidence congolaise n’a pas mentionné de négociation spécifique sur le détournement des eaux de l’Oubangui.
Une ressource stratégique qui exige transparence et vigilance
La RDC possède l’un des patrimoines hydriques les plus importants du monde. Cette abondance ne signifie pourtant pas que toute la population bénéficie d’un accès suffisant à l’eau potable, à l’assainissement ou à l’électricité.
Avant d’envisager l’exportation ou le transfert d’une partie de ses ressources, le pays doit donc répondre à plusieurs questions fondamentales : quelles seraient les conséquences sur les populations riveraines, la biodiversité, la navigation, l’agriculture, la pêche et le potentiel hydroélectrique ? Quelles compensations seraient prévues ? Qui financerait et contrôlerait les infrastructures ? Quel mécanisme garantirait la souveraineté congolaise ?
La coopération régionale sur l’eau reste nécessaire, notamment face au changement climatique et à l’augmentation des besoins. Elle ne peut toutefois se construire dans l’opacité ni au détriment des droits des populations concernées.
Le Forum de N’Djamena n’établit pas que la RDC a accepté de transférer ses eaux vers le lac Tchad. Il rappelle néanmoins l’urgence pour les institutions congolaises de clarifier officiellement leur position, de rendre publics les éventuels accords existants et d’associer le Parlement, les scientifiques, les communautés locales et la société civile à toute décision engageant durablement le patrimoine hydrique national.
L’eau du Congo constitue à la fois une richesse, une responsabilité et un enjeu de souveraineté. Sa gestion exige donc moins de rumeurs et davantage de transparence, de recherche scientifique et de redevabilité publique.












