Depuis longtemps, Thabo Mbeki, l’ancien président sud-africain, adopte une posture ambiguë – voire partisane – sur la crise congolaise. Ses déclarations récentes, affirmant que « le problème de la RDC n’est pas le Rwanda », entrent en contradiction flagrante avec les rapports accablants des Nations unies et de nombreux experts internationaux.
À l’écouter, on pourrait croire que les souffrances de millions de Congolais sont de simples querelles internes, sans implication étrangère. Pourtant, les faits parlent d’eux-mêmes.
Certes, la RDC n’est pas exempte de responsabilités. Le pays doit relever de nombreux défis internes, notamment en matière de cohésion nationale entre ses diverses communautés.
La coexistence pacifique entre les tribus, le renforcement des institutions, et la lutte contre la corruption sont des chantiers colossaux et nécessaires. Mais il serait naïf – ou complice – de nier l’impact déstabilisateur des puissances extérieures sur la situation du Congo.
Mbeki, qui se pose en sage du panafricanisme, semble pourtant reprendre à son compte le discours officiel de Kigali. Son insistance sur la question des Banyamulenge, une communauté tutsie vivant en RDC, résonne étrangement comme une défense inconditionnelle des intérêts rwandais.
Pendant ce temps, il reste muet sur des sujets brûlants : les massacres de millions de Congolais, le pillage massif des ressources minières du pays, les manœuvres obscures de Joseph Kabila, et l’ingérence militaire rwandaise et ougandaise.
Ses propos manquent parfois de cohérence : lors d’une interview, il affirmait que c’est Mobutu Sese Seko qui aurait créé les milices Maï Maï pour exterminer les Tutsis. Or, l’Histoire montre que le phénomène Maï Maï a émergé après la chute du Maréchal, dans le contexte chaotique des invasions étrangères de 1996. C’est là un exemple criant de réécriture opportuniste de l’Histoire pour servir des intérêts particuliers.
Le problème des Banyamulenge est devenu un prétexte commode pour détourner l’attention de la réalité : le Congo est victime d’une guerre hybride, mêlant ingérences étrangères, exploitation économique, et manipulations ethniques. Cette guerre ne peut être réduite à de simples tensions internes.
D’ailleurs, chaque pays connaît ses tensions : en Afrique du Sud, par exemple, l’administration Trump avait accusé Pretoria de génocide contre les Blancs, une accusation infondée mais révélatrice des tensions sociales locales. Pourquoi alors la RDC devrait-elle être traitée comme un cas unique et isolé ?
Mbeki, en soutenant indirectement la position de Kigali, contribue à brouiller les pistes et à légitimer une ingérence qui mine la souveraineté congolaise. Le Congo n’a pas besoin de tels « sages » dont les discours confortent les puissants au détriment des victimes. Ce pays a besoin d’un sursaut de solidarité panafricaine authentique, qui dénonce sans ambiguïté toutes les formes de violence, qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur.
Il est temps que les voix africaines, et notamment les intellectuels et les dirigeants, s’élèvent pour réclamer justice et vérité. La souveraineté du Congo ne peut être sacrifiée sur l’autel d’intérêts géopolitiques. Le panafricanisme ne saurait être un slogan creux, mais un engagement réel en faveur de la dignité et de l’intégrité des peuples.
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