Quand l’Amérique réajuste ses priorités, la RDC ferait bien de relire sa propre Constitution… et de baisser le volume de l’illusion
Le 20 janvier 2029, deux présidents quitteront la scène.
D’un côté, Donald J. Trump, réélu en 2024, atteindra la limite constitutionnelle de deux mandats. De l’autre, Félix Tshisekedi, s’il reste fidèle à la Constitution congolaise, devra lui aussi céder le fauteuil présidentiel après décembre 2028.
Mais au cœur de ce compte à rebours, le Processus de Washington, en gestation, ne se résume pas à une affaire de minerais stratégiques ou de promesses d’investissements mirobolants. Il est en train de redessiner — à bas bruit — les rapports de force entre Kinshasa et ses partenaires occidentaux. Et plus particulièrement, avec cette Amérique où le pragmatisme remplace l’idéalisme, et où l’économie l’emporte sur les émotions diplomatiques.
Trump n’a pas d’amis. Il a des intérêts.
Ceux qui à Kinshasa pensent que le président congolais est à l’abri d’un “traitement ukrainien” devraient réécouter les mots que Trump a récemment lâchés depuis Mar-a-Lago :
« Zelensky est un dictateur sans élections. Qu’il agisse vite ou il n’aura plus de pays. »
Si Trump ose parler ainsi de l’Ukraine — bénéficiaire de près de 120 milliards de dollars d’aide américaine — que dire d’un président africain, en fin de mandat, confronté à des contestations internes, et dépendant d’un narratif extérieur ?
Le message est clair : la stabilité électorale compte autant que la stabilité géologique.
Tshisekedi face à l’horloge constitutionnelle
Contrairement aux illusions alimentées par une communication triomphaliste, les États-Unis ne soutiendront jamais un projet de troisième mandat ou un glissement prolongé, aussi diplomatiquement habillé soit-il. Ce n’est ni dans leur intérêt stratégique, ni dans leur logique institutionnelle.
Le schéma est simple : la stabilité du contrat minier exige la stabilité des institutions.
Et cela commence par le respect des textes. Notamment, la convocation du corps électoral 90 jours avant décembre 2028.
Communication gouvernementale : entre messianisme et aveuglement
L’idée que les États-Unis viendraient “sauver le soldat Fatshi” est une dangereuse fiction.
Depuis la résurgence du M23, la ligne de communication de l’UDPS s’est enfermée dans une rhétorique revancharde, parfois belliciste, allant jusqu’à évoquer l’annexion du Rwanda.
Une stratégie contre-productive : car à Washington, le Rwanda dispose d’alliés puissants.
Chez les Démocrates, un certain Peter Pham, très proche de Kagame.
Chez les Républicains, l’inoxydable Herman Cohen, qui n’a jamais cessé de clamer que “le Kivu appartient au Rwanda”.
La conséquence ? Le processus de Doha (gouvernement–M23) et celui de Washington (États-Unis–RDC–Rwanda) ont pris de court la communication congolaise, en lui opposant la froide logique diplomatique à la chaleur émotionnelle des réseaux sociaux.
500 milliards de dollars d’investissement ? Vraiment ?
Il faut atterrir. Même en Ukraine, les aides colossales font l’objet de votes stricts au Congrès et sont conditionnées à des remboursements via la loi “prêt-bail”. Pour la RDC, aucun projet à 500 milliards n’est sur la table, ni chez USAID (en voie de disparition), ni dans les canaux d’investissement privé.
À horizon 2028, les flux réels d’investissement ne devraient pas dépasser 10 milliards de dollars, Corridor de Lobito inclus.
Ce que les Américains exigent vraiment : des institutions qui fonctionnent
À défaut d’une démocratie parfaite, les États-Unis exigent des mécanismes prévisibles. Ce que le Rwanda de Paul Kagame ou l’Angola de João Lourenço — avec toutes leurs imperfections — ont su offrir : des institutions stables, une ligne claire, un État qui fonctionne.
La RDC, quant à elle, reste empêtrée dans un désordre institutionnel flagrant. Quand un Premier ministre assiste passivement à des “instructions” données par le chef de l’État à ses ministres, la séparation des pouvoirs devient une illusion.
Le sablier du pouvoir n’épargne personne
2028 marquera la fin d’un cycle. Trump et Tshisekedi, chacun à sa manière, auront incarné une époque d’agitation populiste, de nationalisme déguisé, de stratégies de contournement institutionnel. Mais ni le charisme, ni l’éloquence, ni même la géopolitique minière ne peuvent suspendre le temps constitutionnel.
Le pouvoir, s’il n’est pas encadré par des institutions solides, se transforme vite en ivresse. Et l’histoire contemporaine est là pour rappeler que ceux qui croient pouvoir défier la mécanique du temps finissent toujours rattrapés par la légitimité perdue.
L’Amérique ne finance pas des illusions. Et la RDC ne se sauvera pas par des alliances incertaines ou des narratifs forgés dans la précipitation. Dans un monde multipolaire où les règles se resserrent, la seule vraie garantie de stabilité durable est celle qui s’appuie sur le respect des textes, la régularité des scrutins, et la confiance du peuple.
2028 ne sera pas seulement l’année d’un départ. Ce sera le test de maturité d’une génération politique face à la tentation du pouvoir perpétuel. La scène se vide. Les projecteurs s’éteignent. Mais les peuples, eux, n’oublient jamais.
L’Amérique défendra ses intérêts.
La RDC doit défendre sa souveraineté.
Et cela commence par des institutions fortes, un respect rigoureux du calendrier électoral, et une communication qui informe… au lieu de flatter.
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