Choléra en RDC : un fléau qui recule à peine, et une indifférence qui persiste

Dans l’ombre du fracas des armes à l’est du Congo, un autre ennemi continue de faucher des vies en silence : le choléra. Si les derniers chiffres de l’OMS indiquent une légère baisse du nombre de cas — 5 600 nouvelles infections recensées en avril contre plus de 5 800 en mars — le nombre de décès, lui, ne faiblit pas.

Pire, il grimpe : 129 morts en un mois. Une hausse de 5 % qui rappelle que derrière la façade de chiffres rassurants, la réalité reste tragique.

La République démocratique du Congo, vaste comme l’Europe de l’Ouest, n’en finit plus d’être le théâtre d’une crise sanitaire chronique. Dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Tanganyika, la maladie se propage avec une régularité inquiétante.

L’eau insalubre, le manque d’infrastructures, les déplacements massifs de populations fuyant les violences, tout concourt à créer un terrain idéal pour le vibrion cholérique. Là où l’État n’arrive plus à protéger, il n’arrive plus à soigner non plus.

Ce qui frappe, c’est l’indifférence. Pas de grands titres dans les médias internationaux, pas de conférence de presse d’urgence à New York ou à Genève, pas de hashtags viraux. Le choléra, vieille maladie du XIXe siècle, ne fait pas frissonner les opinions publiques. Et pourtant, il tue encore. Il tue vite. En quelques heures, un enfant peut passer de la fièvre à la mort, faute de réhydratation.

Dans certaines zones du Sud-Kivu, les centres de santé improvisés manquent de tout : poches de perfusion, sels de réhydratation orale, personnel formé. Des soignants bénévoles, souvent eux-mêmes déplacés, improvisent des traitements à base d’eau de riz et de solutions maison.

« Ici, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a », confie une infirmière locale dans le camp de Bulengo, près de Goma. Pendant ce temps, les grandes ONG sanitaires, épuisées par la longueur de la crise, rationnent leurs interventions.

Le paradoxe est cruel : dans un pays qui regorge de ressources naturelles, les populations meurent de ne pas avoir accès à un litre d’eau potable. Le cuivre, le cobalt, l’or et le coltan sortent chaque jour des mines katangaises, alimentant les batteries de voitures électriques occidentales, mais les robinets des quartiers populaires restent à sec. À Kinshasa, les palais brillent, mais à Kalemie, on enterre encore les enfants sans cercueil.

Le combat contre le choléra ne sera pas gagné avec des statistiques maquillées ni des promesses de plans quinquennaux. Il exige une volonté politique ferme, une gestion transparente des fonds de santé, et surtout une redéfinition des priorités nationales. On ne bâtit pas un État fort sur des tombes anonymes de malades oubliés.

Au lieu de considérer la baisse des cas comme une victoire, il faut l’interpréter pour ce qu’elle est : un répit précaire, menacé par chaque pluie, chaque déplacement, chaque rupture d’approvisionnement. La véritable victoire ne viendra que lorsque chaque Congolais, quel que soit son village ou son camp, aura le droit fondamental à une eau propre, à une latrine décente, à un soin rapide.

Tant que cela n’est pas garanti, le choléra continuera de revenir, encore et encore, tel un rappel sanglant de ce que l’on a préféré ignorer.

Auteur/autrice

  • Dr. Patrick Bagalwa

    Dr. Patrick Bagalwa est un nutritionniste, chercheur, et expert en santé publique diplômé de l'Université de l'Alberta, au Canada. Fort d'une solide formation académique et d'une riche expérience professionnelle, il se consacre à l'amélioration de la santé publique à travers ses recherches novatrices en nutrition. Dr. Bagalwa est reconnu pour son engagement à promouvoir des pratiques alimentaires saines et durables, contribuant ainsi à la lutte contre les maladies liées à la nutrition et à l'amélioration du bien-être des communautés.

Dr. Patrick Bagalwa
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Dr. Patrick Bagalwa est un nutritionniste, chercheur, et expert en santé publique diplômé de l'Université de l'Alberta, au Canada. Fort d'une solide formation académique et d'une riche expérience professionnelle, il se consacre à l'amélioration de la santé publique à travers ses recherches novatrices en nutrition. Dr. Bagalwa est reconnu pour son engagement à promouvoir des pratiques alimentaires saines et durables, contribuant ainsi à la lutte contre les maladies liées à la nutrition et à l'amélioration du bien-être des communautés.

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