Tensions migratoires en Afrique du Sud : l’Union africaine appelée à ouvrir un débat continental

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Tensions migratoires en Afrique du Sud : l’Union africaine appelée à ouvrir un débat continental
Pretoria — Rédaction de KazibaOnline.com
L’Union africaine devrait examiner les tensions migratoires observées en Afrique du Sud dans le cadre d’une réflexion plus large sur les déplacements de populations à l’échelle du continent.
Selon le gouvernement sud-africain, les discussions ne porteront pas uniquement sur les violences xénophobes dénoncées dans le pays. Elles devraient également analyser les facteurs économiques, politiques et sécuritaires qui poussent des personnes à quitter leur État d’origine, ainsi que les conditions qui les attirent vers certains pays de destination.
Cette orientation intervient après une initiative du Ghana visant à inscrire séparément à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de l’Union africaine la question des attaques contre les ressortissants africains vivant en Afrique du Sud.
Pretoria refuse d’être présentée comme un cas isolé
Clayson Monyela, responsable de la diplomatie publique au ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, a déclaré que Pretoria avait empêché une tentative visant, selon lui, à isoler l’Afrique du Sud au sein de l’organisation continentale.
Il affirme que l’Union africaine a accepté d’aborder la migration dans son ensemble, en tenant compte des facteurs dits de « départ » et « d’attraction ».
Les premiers comprennent notamment les conflits, le chômage, la pauvreté, l’instabilité politique et l’insuffisance des services publics. Les seconds concernent les possibilités d’emploi, la stabilité, les réseaux familiaux et les perspectives économiques offertes dans les pays d’accueil.
Pour Pretoria, les États d’origine, les pays de transit et les destinations finales doivent assumer conjointement la gestion des migrations, plutôt que de faire porter toute la responsabilité sur les pays accueillant le plus grand nombre d’étrangers.
Cette présentation émane toutefois des autorités sud-africaines. Aucun communiqué détaillé de l’Union africaine n’avait encore précisé publiquement le calendrier, le format et les conclusions attendues de cette discussion continentale.
Un différend diplomatique avec le Ghana
La controverse s’est intensifiée après la mort d’un ressortissant ghanéen en Afrique du Sud.
Accra avait associé ce décès aux manifestations hostiles à l’immigration et exprimé de sérieuses préoccupations concernant la sécurité de ses ressortissants. Le Ghana avait ensuite reporté des rencontres bilatérales de haut niveau prévues avec l’Afrique du Sud.
Pretoria conteste cependant cette version. Les autorités sud-africaines affirment que la victime aurait été tuée la veille des manifestations, lors d’une attaque criminelle liée à une tentative d’extorsion, et non au cours d’une mobilisation xénophobe.
Le désaccord illustre la méfiance qui s’est installée entre l’Afrique du Sud et plusieurs pays africains concernant la manière dont les agressions contre les étrangers sont enregistrées, qualifiées et poursuivies.
Le Ghana, le Nigeria, le Malawi et le Mozambique ont notamment exprimé des inquiétudes ou organisé le retour de certains de leurs ressortissants au cours des derniers mois.
Une nouvelle vague de violences et d’intimidations
Les tensions se sont aggravées à la suite de manifestations anti-immigration organisées dans plusieurs villes sud-africaines en juin 2026.
Les organisateurs réclamaient une application plus stricte des lois contre l’immigration irrégulière et accusaient les étrangers de contribuer au chômage, à la criminalité et à la saturation de certains services publics.
Plusieurs rassemblements sont restés pacifiques. D’autres ont toutefois été accompagnés d’agressions, de pillages de commerces, d’expulsions forcées de logements et d’actions menées par des groupes de citoyens exigeant des étrangers qu’ils présentent leurs documents d’identité.
Les organisations de défense des migrants avertissent que ces pratiques ne visent pas exclusivement les personnes sans statut légal. Des réfugiés, des demandeurs d’asile et des étrangers installés légalement depuis plusieurs années auraient également été menacés en raison de leur nationalité ou de leur apparence.
Le président Cyril Ramaphosa a condamné les violences et rappelé que seuls les services de l’État sont autorisés à contrôler le statut migratoire d’une personne. Il a promis des mesures contre les groupes utilisant les préoccupations de la population pour encourager l’intimidation et la violence.
Plus de 53 000 étrangers concernés par les retours
Dans le même temps, le gouvernement sud-africain a renforcé les contrôles migratoires, les opérations policières et les procédures de retour.
Au 11 juillet 2026, 53 449 ressortissants étrangers avaient été traités dans le cadre de procédures de déportation ou de rapatriement, selon les chiffres officiels. Plus de 80 % étaient des ressortissants malawites, suivis notamment de Zimbabwéens et de Mozambicains.
Ce chiffre ne signifie pas que toutes ces personnes ont été expulsées de force. Il regroupe des situations différentes, notamment des déportations administratives, des rapatriements organisés avec les pays d’origine et des retours volontaires.
Entre le 1er avril et le 30 juin, les autorités sud-africaines disent avoir officiellement expulsé 15 398 personnes après avoir constaté des infractions à la législation sur l’immigration. Plus de 2 500 opérations conjointes de contrôle avaient également été menées durant cette période.
Le gouvernement présente ces mesures comme l’application normale de la loi. Les défenseurs des droits humains demandent toutefois que chaque dossier soit traité individuellement, que les demandeurs d’asile puissent exercer leurs droits et que les opérations ne conduisent pas à des arrestations fondées sur l’apparence ou la nationalité présumée.
Immigration irrégulière et xénophobie : deux problèmes distincts
La discussion continentale devra éviter de confondre deux enjeux différents.
L’immigration irrégulière relève de la gestion des frontières, des permis de séjour, du droit d’asile, de la coopération policière et des mécanismes de retour. Un État conserve le droit de contrôler son territoire et d’expulser une personne qui ne remplit pas les conditions légales, sous réserve du respect de ses droits fondamentaux.
La xénophobie désigne, quant à elle, l’hostilité ou la violence dirigée contre une personne en raison de son origine étrangère réelle ou supposée. Elle ne peut être justifiée par l’absence de documents migratoires.
Une personne soupçonnée d’être en situation irrégulière doit être remise aux autorités compétentes et bénéficier des procédures prévues par la loi. Elle ne peut être agressée, dépouillée, expulsée de son logement ou privée arbitrairement de ses biens par des groupes de citoyens.
Cette distinction sera essentielle pour éviter qu’un débat légitime sur la politique migratoire ne serve à banaliser les violences contre les étrangers.
Une responsabilité partagée à l’échelle africaine
La proposition d’un débat continental peut permettre de dépasser les accusations réciproques.
Les pays d’origine devront examiner les facteurs qui poussent leurs citoyens à partir, notamment l’absence d’emplois, les conflits, la mauvaise gouvernance et les inégalités économiques.
Les États de transit devront renforcer la lutte contre la traite des personnes et les réseaux de passage clandestin. Les pays d’accueil devront, pour leur part, améliorer leurs systèmes d’enregistrement, accélérer le traitement des demandes d’asile et protéger aussi bien leurs citoyens que les résidents étrangers.
Une coopération plus étroite pourrait également faciliter la reconnaissance des qualifications professionnelles, la circulation régulière des travailleurs et l’échange d’informations entre administrations.
Un test pour l’idéal panafricain
La crise sud-africaine constitue un défi majeur pour l’Union africaine. L’organisation défend la libre circulation progressive des personnes et l’intégration économique du continent, mais plusieurs États membres demeurent confrontés à des frontières fragiles, à un chômage élevé et à des systèmes migratoires insuffisamment coordonnés.
Réduire le problème aux seules défaillances de l’Afrique du Sud serait incomplet. Toutefois, élargir la discussion à l’ensemble des causes de la migration ne doit pas conduire à minimiser les violences subies par des ressortissants africains sur le territoire sud-africain.
Le futur débat devra donc poursuivre deux objectifs simultanés : élaborer une politique migratoire plus cohérente pour le continent et garantir que les crimes visant les étrangers fassent l’objet d’enquêtes, de poursuites et de sanctions.
La crédibilité de l’Union africaine dépendra de sa capacité à défendre à la fois la souveraineté des États, le respect de leurs lois migratoires et la dignité de chaque personne, indépendamment de sa nationalité ou de son statut administratif.












