Dialogue national en RDC : Kinshasa exclut l’AFC/M23 et renvoie son dossier aux processus de Doha et de Washington

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Dialogue national en RDC : Kinshasa exclut l’AFC/M23 et renvoie son dossier aux processus de Doha et de Washington
Kinshasa — Rédaction de KazibaOnline.com
Le gouvernement congolais précise progressivement les limites du dialogue national envisagé par le président Félix-Antoine Tshisekedi. Pour l’exécutif, l’inclusivité recherchée ne signifie pas que tous les acteurs, sans distinction, seront automatiquement invités à participer aux futures assises.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a clairement indiqué que l’AFC/M23 ne devrait pas prendre part à ce cadre de concertation interne. Selon lui, le dialogue national doit réunir les Congolais qui n’ont pas choisi la voie des armes et qui demeurent attachés à la souveraineté ainsi qu’à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
Kinshasa refuse de légitimer une rébellion armée
Pour le gouvernement, inviter l’AFC/M23 à la table du dialogue national reviendrait à accorder une reconnaissance politique à un mouvement armé qui contrôle certaines parties de l’Est du pays.
Patrick Muyaya établit également un lien direct entre la rébellion et le Rwanda. Il estime que demander la participation de l’AFC/M23 équivaudrait indirectement à réclamer la présence de Kigali dans une concertation censée se dérouler entre Congolais.
« Intégrer l’AFC/M23, c’est inviter le Rwanda », résume la position défendue par le porte-parole du gouvernement.
Cette affirmation s’inscrit dans la lecture constante de Kinshasa, qui accuse le Rwanda d’apporter un soutien militaire et logistique à la rébellion. Kigali rejette ces accusations, bien que plusieurs rapports internationaux et gouvernements étrangers aient également établi l’existence d’un appui rwandais au mouvement.
Pour Patrick Muyaya, le principe d’inclusivité ne peut donc pas effacer la différence entre les acteurs politiques non armés et ceux qui combattent les institutions de la République.
L’intégrité territoriale présentée comme la principale ligne rouge
Dans la vision du gouvernement, le dialogue national ne doit pas devenir un espace de partage du pouvoir ou de négociation avec les groupes ayant conquis des territoires par les armes.
Il devrait plutôt permettre de renforcer la cohésion nationale face à la guerre dans l’Est, de rapprocher les forces politiques et sociales et de constituer un front intérieur autour de la défense du territoire.
Patrick Muyaya présente ainsi le chef de l’État comme le garant de l’unité nationale et appelle les Congolais préoccupés par le risque de fragmentation du pays à se rassembler autour des institutions républicaines.
Selon cette conception, le patriotisme ne se limite pas à la participation au dialogue. Il suppose également le rejet de toute entreprise militaire soutenue de l’extérieur et dirigée contre la souveraineté de l’État.
Les déclarations de Paul Kagame invoquées par Kinshasa
Pour soutenir son argumentation, Patrick Muyaya se réfère aux déclarations attribuées au président rwandais Paul Kagame sur l’importance stratégique du M23 pour la sécurité de son pays.
Le porte-parole du gouvernement considère ces propos comme une confirmation supplémentaire du lien politique et militaire existant entre Kigali et la rébellion.
Il utilise l’image du « père » et du « fils » pour décrire cette relation : le Rwanda serait le principal acteur régional du conflit, tandis que l’AFC/M23 agirait comme son relais sur le territoire congolais. Cette comparaison relève de la lecture politique défendue par Kinshasa.
Le gouvernement estime par conséquent qu’un dialogue interne avec l’AFC/M23 ne suffirait pas à résoudre la crise tant que les questions liées à l’implication du Rwanda, au retrait des forces, à l’occupation territoriale et à l’exploitation des ressources ne seraient pas réglées.
Les violences contre les civils au cœur du refus
Patrick Muyaya invoque également les accusations de violences commises dans les zones contrôlées par l’AFC/M23.
Selon lui, il serait difficile de présenter comme interlocuteurs politiques ordinaires des responsables accusés de gouverner certaines populations par la peur, les arrestations arbitraires, la torture et les violences meurtrières.
Le porte-parole s’appuie notamment sur les rapports des experts des Nations unies et sur les témoignages faisant état de graves atteintes aux droits humains dans les territoires occupés.
Cette position ne signifie toutefois pas que Kinshasa refuse toute négociation avec la rébellion. Le gouvernement considère plutôt que ces échanges doivent se poursuivre dans le cadre diplomatique qui leur est déjà réservé.
Doha pour l’AFC/M23, Washington pour le Rwanda
L’exécutif congolais distingue trois niveaux de discussions.
Le processus de Doha, conduit sous la médiation du Qatar, traite directement du conflit entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Il porte notamment sur le cessez-le-feu, les mécanismes de vérification, les échanges de prisonniers ainsi que les conditions nécessaires à une solution politique et sécuritaire durable.
Le processus de Washington concerne principalement les relations entre la RDC et le Rwanda ainsi que les engagements sécuritaires pris par les deux États.
Enfin, le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi devrait se concentrer sur la cohésion entre les forces politiques et sociales congolaises n’ayant pas pris les armes.
Patrick Muyaya insiste donc sur la complémentarité de ces différentes initiatives. Le dialogue national ne remplacera ni les négociations de Doha avec l’AFC/M23 ni les discussions menées avec le Rwanda dans le cadre de Washington.
Une inclusivité désormais au centre de la controverse
La position du gouvernement s’oppose à celle de certains responsables politiques et mouvements d’opposition qui réclament un dialogue sans exclusion.
Pour ces derniers, il serait difficile de régler durablement la crise congolaise sans associer tous les protagonistes, y compris les Congolais engagés dans les mouvements politico-militaires.
Le pouvoir répond qu’un tel format risquerait de placer sur un même pied les institutions légitimes de la République et les organisations ayant utilisé la violence pour occuper des territoires.
Deux conceptions de l’inclusivité se font ainsi face. La première considère que la paix exige de discuter avec tous les acteurs impliqués dans le conflit. La seconde estime que la participation au dialogue national doit être conditionnée par le respect de la Constitution, le rejet de la lutte armée et la défense de l’intégrité territoriale.
Un appel à l’unité autour des institutions
Patrick Muyaya invite les forces politiques, les confessions religieuses, la société civile et les autres composantes nationales à reconnaître clairement l’existence de l’agression dénoncée par Kinshasa.
Il a notamment salué la position du cardinal Fridolin Ambongo, qui a publiquement évoqué l’implication du Rwanda dans la crise de l’Est. Le gouvernement souhaite que cette lecture de la situation constitue l’un des fondements du dialogue à venir.
Pour l’exécutif, après plusieurs décennies de conflits, l’heure n’est plus à l’ambiguïté. Le dialogue devrait permettre de rapprocher les Congolais autour d’un objectif commun : restaurer l’autorité de l’État, préserver l’unité du territoire et mettre fin aux cycles de violences dans l’Est.
Une question délicate pour les médiateurs
En excluant l’AFC/M23 du dialogue national tout en maintenant les négociations de Doha, le gouvernement cherche à séparer le règlement du conflit armé de la concertation politique interne.
Cette distinction pourrait toutefois compliquer la tâche de la CENCO et de l’ECC, dont l’initiative repose sur la recherche d’un processus suffisamment inclusif pour obtenir l’adhésion des principales forces nationales.
Les médiateurs devront désormais déterminer comment concilier les exigences de l’opposition, les lignes rouges du gouvernement et la nécessité de ne pas interrompre les négociations engagées avec les acteurs armés.
La question n’est donc plus de savoir si Kinshasa acceptera de discuter avec l’AFC/M23, puisque ces discussions existent déjà à Doha. Elle consiste plutôt à déterminer si la rébellion peut également être considérée comme une composante politique du dialogue national.
Sur ce point, la position actuelle de l’exécutif est sans ambiguïté : les armes ferment l’accès à la table de la concertation nationale, tandis que Doha demeure le cadre réservé aux négociations avec l’AFC/M23.












