Le président américain affirme que les revenus issus de sa politique tarifaire pourraient générer des milliards, mais les économistes restent sceptiques.
Donald Trump ne cesse de surprendre. Le président américain a suggéré cette semaine, lors d’une interview diffusée sur Fox News, que les revenus générés par ses nouveaux droits de douane pourraient, à terme, remplacer totalement l’impôt fédéral sur le revenu.
Plus tôt ce mois-ci, Trump avait annoncé l’instauration de tarifs douaniers dits « réciproques » à l’encontre de près de 90 pays, accusant ces derniers de pratiques commerciales injustes. Face à la réaction négative des marchés financiers mondiaux, la Maison Blanche avait rapidement suspendu ces tarifs pour une période de 90 jours, fixant leur taux de base à 10 %. Seule la Chine avait vu ses produits frappés par des tarifs allant jusqu’à 145 %, dans le cadre de la guerre commerciale en cours.
Interrogé mardi par la journaliste Rachel Campos-Duffy sur la possibilité que ces nouveaux droits remplacent l’impôt fédéral sur le revenu, Trump s’est montré enthousiaste. « Vous êtes la seule à m’avoir posé cette question », a-t-il affirmé, ajoutant que même les plus grands experts financiers avec lesquels il échange régulièrement n’avaient jamais soulevé ce point.
« Il est possible que les revenus tirés des tarifs soient suffisamment élevés pour remplacer l’impôt sur le revenu », a déclaré Trump, rappelant qu’entre 1870 et 1913, à l’époque dite du « Gilded Age » (Âge doré), les droits de douane constituaient la principale source de revenu du gouvernement américain. « À cette époque, nous étions la nation la plus riche du monde », a-t-il ajouté, omettant toutefois que cette période, certes prospère pour certains, était également caractérisée par de très fortes inégalités sociales et une pauvreté généralisée pour une large partie de la population.
Se qualifiant lui-même d’« homme des tarifs » (« tariff man »), Trump affirme que ses mesures commerciales pourraient rapporter « plus de 1 000 milliards de dollars au cours de l’année à venir », permettant ainsi de réduire la dette nationale, voire de supprimer complètement l’impôt sur le revenu. Selon lui, ces nouveaux tarifs renforcent déjà l’économie américaine, en faisant entrer « des milliards de dollars chaque jour » dans les caisses fédérales.
Les économistes restent néanmoins très sceptiques face à ces affirmations audacieuses. Selon une analyse récente du Congressional Research Service, les droits de douane n’ont représenté historiquement que 2 % maximum du budget fédéral américain annuel au cours des 70 dernières années. En 2024, par exemple, ils n’ont représenté que 1,7 % des 4 900 milliards de dollars de recettes totales du gouvernement fédéral.
Les analystes financiers de la banque ING ont admis mardi que les tarifs douaniers généralisés pourraient offrir des bénéfices économiques à long terme aux États-Unis et protéger certains emplois américains. Cependant, ils avertissent que cette transition risque d’être « très difficile » et de causer « des dommages économiques considérables à court terme ». De plus, en cas d’accord commercial réduisant ces tarifs à l’avenir, le gouvernement américain pourrait se retrouver privé de ressources financières suffisantes pour mettre en œuvre de nouvelles réductions d’impôts.
Ainsi, malgré l’optimisme affiché par Donald Trump, le chemin vers un remplacement intégral des impôts sur le revenu par des droits de douane reste semé d’embûches économiques majeures. Un pari risqué dont les conséquences sur l’économie américaine et mondiale demeurent incertaines.
Soyez le premier à commenter