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Léopards: Jorthy Mokio choisit la RDC au détriment de la Belgique
Jorthy Mokio choisit la RDC : un choix du cœur, loin de l’opportunisme
Comme l’avaient annoncé plusieurs médias ces derniers jours, Jorthy Mokio a finalement choisi de représenter la République démocratique du Congo, son pays d’origine, plutôt que la Belgique. Après les choix de Ngal’ayel Mukau et Noah Sadiki, cette décision apparaît comme l’une des plus sincères de ces dernières années parmi les binationaux ayant opté pour les Léopards.
Mais une question demeure : comment un jeune joueur d’à peine 18 ans, déjà appelé avec l’équipe A de la Belgique, a-t-il pu être convaincu de rejoindre le projet congolais ? Pour certains observateurs, ce choix semble surprenant, voire difficile à comprendre. Pourtant, sa logique existe bel et bien. Elle ne se trouve pas seulement dans les analyses des journalistes, ni dans la déception de certains supporters belges, mais surtout dans le cœur du joueur lui-même.
Jorthy Mokio est considéré comme l’un des grands talents de sa génération. Né à Gand en février 2008, formé à La Gantoise avant de rejoindre les espoirs de l’Ajax Amsterdam en 2024, il est perçu comme un joueur d’avenir. Très à l’aise techniquement, capable d’évoluer aussi bien au poste de milieu défensif qu’en défense, il se distingue par sa qualité de relance, son intelligence de jeu et une maturité rare pour son âge.
C’est justement ce potentiel qui explique en partie la forte réaction provoquée par son choix. Du côté belge, la décision a été accueillie avec incompréhension, voire avec une certaine amertume chez plusieurs supporters des Diables Rouges. Mais ni les critiques sur les réseaux sociaux, ni les pressions de son entourage, pourtant opposé à cette orientation, n’ont réussi à faire reculer un joueur déterminé à suivre sa conviction profonde.
Un lien de plus en plus fort avec ses racines
Jorthy Mokio l’a lui-même expliqué : son choix n’est pas le fruit d’une émotion passagère, mais le résultat d’une réflexion mûrie. Le joueur affirme avoir pris le temps nécessaire avant de trancher.
« Cette décision n’a pas été prise à la légère », a-t-il écrit dans un message publié sur Instagram. « La Belgique m’a donné tellement de choses, sur et en dehors du terrain, et je lui en serai toujours reconnaissant. Mais avec le temps, mon lien avec le pays de mes racines est devenu de plus en plus fort, jusqu’à devenir quelque chose que je ne pouvais plus ignorer. »
Puis cette phrase, lourde de sens : « Ce n’est pas une décision de la tête, c’est une décision du cœur. »
À travers ces mots, Mokio veut lever toute ambiguïté. Son choix ne relève pas d’un simple calcul sportif. Il s’inscrit dans une quête d’identité, d’appartenance et de fidélité à ses origines congolaises.
Le rôle discret des anciens espoirs belges devenus Léopards
Qui a parlé à Jorthy Mokio du projet congolais ? Qui l’a convaincu que son avenir international pouvait aussi s’écrire avec les Léopards ? Le nom de Sébastien Desabre revient naturellement, tant le sélectionneur national s’est montré actif dans le rapprochement avec plusieurs binationaux.
Mais dans ce dossier précis, il semble que d’anciens espoirs belges ayant récemment choisi la RDC aient également joué un rôle important. Des joueurs comme Noah Sadiki, dont le père serait très impliqué dans la sensibilisation des binationaux belgo-congolais, ou encore Ngal’ayel Mukau, auraient contribué à présenter à Mokio une image positive, ambitieuse et crédible du projet congolais.
Le journaliste belge Sacha Tavolieri, premier à révéler le choix de Jorthy Mokio, a indiqué que certains joueurs de la sélection congolaise étaient déjà au courant de sa décision. Selon lui, ces Léopards lui auraient même confié que le joueur souhaitait que l’information soit rendue publique. Le journaliste n’a toutefois pas révélé l’identité des joueurs avec lesquels il avait échangé.
Ce travail de proximité, mené par des jeunes joueurs passés par les sélections belges avant de choisir la RDC, aurait pesé dans la balance. Il aurait permis à Mokio de voir le projet congolais non pas comme une option secondaire, mais comme un véritable engagement sportif et identitaire.
Un choix qui ne relève pas de l’opportunisme
À quelques semaines de la Coupe du monde, que la RDC s’apprête à retrouver 52 ans après sa dernière participation, certains pourraient être tentés d’interpréter cette décision comme un choix opportuniste. Ce soupçon accompagne souvent les footballeurs d’origine africaine lorsqu’ils choisissent finalement le pays de leurs parents après avoir été formés ou approchés par leur pays de naissance.
Mais Jorthy Mokio a tenu à couper court à cette lecture.
« Ce choix n’est pas guidé par une opportunité à court terme. Il est construit pour le long terme, ancré dans une vision pour ma carrière et dans un sentiment d’appartenance qui va bien au-delà de toute compétition ou calendrier », a-t-il écrit.
Cette précision est importante. Elle montre que le joueur ne se projette pas seulement dans l’immédiat. Il ne choisit pas la RDC uniquement parce qu’une Coupe du monde se profile. Il affirme plutôt vouloir inscrire son histoire internationale dans la durée, sous les couleurs du pays de ses origines.
Seul contre son entourage
Selon Sacha Tavolieri, Jorthy Mokio n’aurait pas été soutenu dans sa décision par sa famille, ni par son agent. Son entourage souhaitait le voir poursuivre son parcours international avec la Belgique, probablement en raison des perspectives sportives, médiatiques et économiques associées aux Diables Rouges.
Malgré son jeune âge, le joueur serait resté ferme, calme et déterminé. Cette détermination aurait surpris ceux qui espéraient encore le faire changer d’avis. D’après certaines informations, son agent aurait même tenté une campagne de désinformation ou de dissuasion dans les heures ayant précédé l’annonce officielle.
Mais Mokio n’a pas reculé.
« Je suis Congolais de cœur. Et c’est sous ces couleurs que je veux écrire le prochain chapitre de mon histoire », a-t-il déclaré dans son communiqué, présentant cette décision comme un moment très important dans sa jeune carrière.
Ces mots donnent une profondeur particulière à son choix. Ils montrent un joueur conscient des pressions, mais suffisamment solide pour assumer publiquement son attachement à la RDC.
Un dossier encore soumis aux règles de la FIFA
Si sa décision est désormais connue, Jorthy Mokio ne pourra peut-être pas porter immédiatement le maillot des Léopards. Son cas est différent de ceux de Ngal’ayel Mukau, Noah Sadiki ou Matthieu Epolo, qui n’avaient jamais été sélectionnés avec l’équipe A de la Belgique avant d’opter pour la RDC.
Mokio, lui, a déjà connu une sélection avec les Diables Rouges. Il doit donc se conformer aux règles de la FIFA relatives au changement de nationalité sportive. Ces règles peuvent imposer un délai avant qu’un joueur ayant représenté une première sélection nationale puisse défendre les couleurs d’une autre.
Cela réduit fortement ses chances de participer à la Coupe du monde 2026 avec la RDC. Mais, là encore, le joueur semble avoir accepté cette réalité avec sérénité.
« Je sais que cette annonce soulèvera des questions concernant les délais réglementaires de la FIFA. J’en ai pleinement conscience et je les accepte totalement », a-t-il affirmé.
Une telle déclaration renforce encore l’idée d’un choix sincère. Mokio ne semble pas pressé par le calendrier. Il paraît prêt à attendre le temps nécessaire pour porter officiellement le maillot congolais.
Une possible brèche réglementaire ?
Sur le plan réglementaire, il semble peu probable que le changement de nationalité sportive de Jorthy Mokio soit validé assez rapidement pour lui permettre de participer à la Coupe du monde 2026 avec la RDC. Toutefois, le dossier n’est peut-être pas totalement fermé.
Sa seule apparition avec la Belgique remonte au 20 mars 2025, lors d’une rencontre de Ligue des Nations face à l’Ukraine. Ce jour-là, Mokio n’avait que 17 ans lorsqu’il a été lancé avec les Diables Rouges. Depuis cette sélection, il n’a plus été convoqué par l’équipe nationale belge.
Le fait qu’il ait été mineur au moment de sa première cape, combiné au faible nombre de sélections internationales disputées, pourrait pousser la FIFA à examiner son cas avec une attention particulière. Certains observateurs estiment qu’une interprétation spécifique du règlement pourrait éventuellement permettre au joueur de représenter la RDC avant 2028.
À ce stade, il ne s’agit toutefois que d’une hypothèse. Le dossier reste juridiquement complexe et devra être officiellement étudié par les instances compétentes.
Un signal fort pour le football congolais
Quoi qu’il arrive sur le plan administratif, le choix de Jorthy Mokio représente déjà une victoire symbolique pour la RDC. Il montre que le projet des Léopards gagne en attractivité, y compris auprès de jeunes talents formés en Europe et promis à un avenir important.
Ce choix dit aussi quelque chose de plus profond : la RDC ne séduit plus seulement par opportunité. Elle commence à attirer par identité, par ambition, par appartenance et par conviction.
Jorthy Mokio aurait pu rester dans le confort du projet belge. Il a choisi le chemin le plus difficile, le plus contesté, mais peut-être aussi le plus personnel.
Et c’est précisément ce qui rend sa décision si forte.

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