Denis Mukwege rejette les conditions du dialogue national convoqué par Félix Tshisekedi

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Denis Mukwege rejette les conditions du dialogue national convoqué par Félix Tshisekedi
Rédaction de Kazibaonline.com | Lundi 21 septembre 2026
Face à la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix 2018, propose une nouvelle approche diplomatique fondée sur une conférence internationale consacrée à la paix dans la région des Grands Lacs.
Dans une note stratégique datée du 1er septembre 2026, Denis Mukwege dresse un diagnostic critique des différentes initiatives diplomatiques engagées depuis plusieurs décennies pour tenter de stabiliser l’Est de la RDC. Selon lui, leur multiplication n’a pas encore permis d’aboutir à une solution durable aux cycles de violence qui affectent cette partie du pays. Plusieurs médias congolais ont rapporté cette prise de position en septembre 2026.
Au-delà de la situation sécuritaire, l’ancien candidat à l’élection présidentielle de 2023 se prononce également sur trois questions majeures : les conditions d’un éventuel dialogue national, le débat sur la révision de la Constitution et la nécessité, selon lui, de repenser le cadre régional de résolution de la crise.
Un dialogue national, mais sous certaines conditions
Concernant l’idée d’un dialogue politique entre Congolais, Denis Mukwege ne rejette pas le principe d’une concertation nationale. Il exprime cependant des réserves sur les conditions dans lesquelles un tel processus devrait être organisé.
Il regrette notamment qu’une telle initiative ne soit pas portée par un acteur qu’il considère comme suffisamment neutre et estime qu’elle devrait être précédée de mesures de décrispation politique.
Pour lui, le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire devrait également constituer un préalable important.
« Pour être véritablement national, ce dialogue devrait se tenir après le rétablissement de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire », estime-t-il.
Cette position place donc la question de la souveraineté territoriale au centre de sa conception du dialogue national.
Mukwege demande de reporter le débat constitutionnel
Le médecin et militant des droits humains revient également sur le débat relatif à une éventuelle révision de la Constitution congolaise.
Il estime qu’en raison du contexte sécuritaire actuel, cette question devrait être reportée afin que les priorités nationales restent, selon lui, concentrées sur la restauration de la paix, la souveraineté territoriale et la stabilité institutionnelle.
Pour étayer sa position, Denis Mukwege se réfère notamment aux articles 219 et 220 de la Constitution de la RDC.
L’article 219 prévoit qu’aucune révision constitutionnelle ne peut intervenir notamment pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège. L’article 220 protège de toute révision plusieurs principes fondamentaux, parmi lesquels le nombre et la durée des mandats du président de la République, l’indépendance du pouvoir judiciaire ainsi que le pluralisme politique et syndical.
Le débat juridique et politique autour d’une éventuelle révision constitutionnelle reste toutefois traversé par différentes interprétations, notamment quant à la portée des dispositions concernées et aux procédures qui pourraient éventuellement être utilisées.
Une conférence internationale pour les Grands Lacs
La proposition centrale avancée par Denis Mukwege concerne cependant la dimension régionale de la crise.
Le Prix Nobel de la paix appelle à l’organisation d’une grande conférence internationale sur la paix dans la région des Grands Lacs, qui serait conduite, selon sa proposition, par un État neutre et non limitrophe de la RDC.
Cette conférence réunirait notamment les États concernés, l’Union africaine, les Nations unies, la société civile ainsi que des représentants du secteur privé.
L’objectif serait notamment de remettre au centre des discussions les engagements contenus dans l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région, signé à Addis-Abeba en 2013.
Que prévoit l’Accord-cadre d’Addis-Abeba ?
Signé le 24 février 2013, l’Accord-cadre d’Addis-Abeba avait été conçu pour tenter de s’attaquer aux dimensions nationales et régionales des conflits affectant l’Est de la RDC.
Onze États de la région avaient initialement signé l’accord : la RDC, l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine, la République du Congo, le Rwanda, l’Afrique du Sud, le Soudan du Sud, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie. Les Nations unies, l’Union africaine, la SADC et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs avaient participé comme témoins institutionnels.
Le cadre comprend des engagements à plusieurs niveaux.
Pour la RDC, il met notamment l’accent sur le renforcement de l’autorité de l’État et différentes réformes institutionnelles.
Au niveau régional, les engagements concernent entre autres le respect de la souveraineté des États, la coopération régionale et la nécessité de ne pas soutenir des groupes armés.
Au niveau international, le dispositif prévoit également un accompagnement des partenaires internationaux et des mécanismes de suivi.
Treize ans après sa signature, cet accord demeure d’actualité : les Nations unies continuent encore en 2026 à publier des rapports spécifiquement consacrés à son application et à son lien avec la situation sécuritaire dans la région.
Pourquoi revenir au cadre régional ?
La démarche proposée par Denis Mukwege part d’un constat : la crise de l’Est de la RDC ne possède pas uniquement une dimension interne.
Elle touche également aux relations entre États de la région, aux mouvements transfrontaliers des groupes armés, aux questions de sécurité, à l’autorité de l’État, aux ressources naturelles, au retour des personnes déplacées et à la coopération entre gouvernements.
L’Accord-cadre de 2013 reconnaissait déjà la persistance de cycles de conflits dans l’Est de la RDC et proposait précisément une combinaison d’engagements nationaux, régionaux et internationaux.
La proposition de Mukwege consiste donc moins à créer un mécanisme entièrement nouveau qu’à rechercher un cadre politique international capable, selon lui, de redonner de la force aux engagements déjà pris.
Des initiatives diplomatiques nombreuses, mais une paix durable toujours recherchée
Depuis plusieurs années, la crise congolaise a suscité différents processus diplomatiques aux niveaux national, régional et international.
Pour Denis Mukwege, cette succession d’initiatives montre cependant les limites d’une diplomatie fragmentée lorsqu’elle ne permet pas de traiter simultanément les causes internes et les dimensions régionales du conflit.
Sa proposition d’une conférence internationale pose ainsi une question plus large : faut-il continuer à multiplier les processus de paix ou concentrer davantage les efforts sur l’application effective des engagements déjà signés ?
Cette interrogation dépasse la seule proposition du Prix Nobel congolais. Elle renvoie à la capacité des États signataires, des institutions africaines, des Nations unies et des acteurs congolais à transformer les engagements diplomatiques en résultats mesurables sur le terrain.
Pour les populations du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et des autres régions touchées par les violences, la question essentielle reste en définitive beaucoup plus concrète : quelles initiatives permettront réellement de restaurer durablement la sécurité, l’autorité de l’État et la paix ?
La proposition de Denis Mukwege vient désormais s’ajouter au débat national et international sur les moyens d’atteindre cet objectif.












