La CAF maintient son soutien à Gianni Infantino malgré la fronde internationale

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La CAF maintient son soutien à Gianni Infantino malgré la fronde internationale
Alors que plusieurs fédérations et instances européennes contestent ouvertement la gouvernance du président de la FIFA après l’échec d’un projet controversé de privatisation partielle des activités commerciales de la Coupe du monde, l’Afrique choisit de rester fidèle à Gianni Infantino. Une décision qui révèle autant des rapports de loyauté que des enjeux de pouvoir au sein du football mondial.
La Confédération africaine de football (CAF) a réaffirmé à l’unanimité son soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino, malgré les appels croissants à sa démission et les critiques internationales visant sa gestion d’un projet controversé d’ouverture du capital des activités commerciales de la Coupe du monde à des investisseurs privés.
Réunie jeudi, la Commission exécutive de la CAF a décidé de maintenir son appui au dirigeant suisse-italien, saluant notamment son engagement en faveur du développement du football africain.
Cette prise de position est loin d’être symbolique. Avec ses 54 associations membres, l’Afrique représente l’un des blocs électoraux les plus importants de la FIFA. Dans une organisation qui compte 211 fédérations nationales, le soutien collectif de la CAF peut peser lourd lors d’une élection présidentielle.
Infantino, qui dirige la FIFA depuis 2016, souhaite obtenir un nouveau mandat pour la période 2027-2031 lors de l’élection prévue au Maroc en mars 2027.
L’Afrique choisit la loyauté
Le président de la CAF, Patrice Motsepe, a défendu cette décision en invoquant un principe simple : la loyauté.
Selon lui, lorsqu’une personne a été « loyale envers vous », il ne faudrait pas ensuite « lui planter un couteau dans le dos ».
La déclaration résume assez bien l’argument politique de la CAF.
Depuis plusieurs années, Gianni Infantino entretient des relations particulièrement étroites avec les dirigeants du football africain. Sous sa présidence, la FIFA a augmenté certains programmes de financement destinés aux fédérations nationales et a multiplié les discours promettant une meilleure redistribution des revenus du football mondial.
Pour de nombreuses associations africaines dont les ressources financières restent limitées, les programmes FIFA Forward constituent une source importante de financement pour les infrastructures, les compétitions, la formation des entraîneurs et le développement du football de jeunes.
Les 54 fédérations membres de la CAF avaient d’ailleurs déjà décidé, en avril, de soutenir collectivement la candidature d’Infantino pour un nouveau mandat.
Mais cette fidélité africaine intervient aujourd’hui au moment où le président de la FIFA traverse l’une des périodes les plus délicates de son règne.
Un projet à plusieurs milliards qui divise le football mondial
Au cœur de la controverse se trouve un projet ambitieux baptisé FIFA Forward Enterprise.
La FIFA envisageait de créer une filiale commerciale chargée de gérer une partie importante de ses activités génératrices de revenus, notamment celles liées à la Coupe du monde.
L’organisation souhaitait lever environ 4,2 milliards de dollars en vendant une participation minoritaire dans cette nouvelle structure, dont la valeur globale aurait été estimée à environ 20 milliards de dollars.
L’idée était donc d’introduire des investisseurs privés au sein d’une partie du moteur économique de la FIFA.
Parmi les investisseurs potentiels aurait notamment figuré Thrive Capital, le fonds fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, lui-même gendre du président américain Donald Trump.
Pour la FIFA, l’opération devait permettre d’injecter des capitaux considérables dans le développement du football mondial.
L’organisation affirmait notamment que chaque association membre aurait pu recevoir jusqu’à 20 millions de dollars supplémentaires.
Pour beaucoup de petites fédérations africaines, asiatiques ou caribéennes, une telle somme pourrait représenter plusieurs années de budget consacré au développement.
Mais les critiques ont rapidement posé une question fondamentale : la FIFA peut-elle ouvrir une partie de l’avenir commercial de la Coupe du monde à des investisseurs privés sans une consultation beaucoup plus large de ses membres ?
La Coupe du monde appartient-elle encore au football ?
Le débat dépasse largement la personnalité de Gianni Infantino.
La Coupe du monde constitue le principal actif économique et symbolique de la FIFA.
Ses droits télévisés, ses contrats de sponsoring, ses licences commerciales et ses activités associées génèrent des milliards de dollars.
Ouvrir une partie de cette architecture financière à des investisseurs privés aurait donc créé une situation relativement nouvelle : des acteurs extérieurs au mouvement sportif auraient acquis un intérêt économique direct dans certaines des activités commerciales les plus rentables du football mondial.
Les défenseurs du projet y voyaient une modernisation financière susceptible d’augmenter les ressources disponibles.
Les opposants redoutaient au contraire qu’une logique d’investissement privé ne finisse par influencer les choix sportifs et commerciaux d’une institution censée représenter avant tout ses fédérations membres.
Autrement dit, derrière la controverse apparaît une interrogation beaucoup plus profonde :
jusqu’où le football mondial peut-il être financiarisé sans perdre le contrôle de ses propres institutions ?
La FIFA recule face à la contestation
Face à l’ampleur des divisions, la FIFA a finalement retiré son projet.
L’organisation a reconnu que la proposition avait créé des tensions qui n’étaient plus compatibles avec l’objectif initial.
Elle a également présenté des excuses pour certaines erreurs commises dans la manière dont le projet avait été élaboré et annoncé, tout en promettant de revoir ses processus décisionnels.
La CAF a accueilli favorablement cette démarche et soutenu la volonté de la FIFA d’examiner ses mécanismes internes.
Mais en Europe, la réaction est beaucoup plus sévère.
L’UEFA envisage désormais de soutenir un candidat capable de défier Infantino lors de la prochaine présidentielle de la FIFA.
Elle a également évoqué la possibilité d’actions juridiques concernant le processus ayant conduit à l’élaboration du projet commercial.
Le problème n’est donc plus seulement financier.
Il devient institutionnel et politique.
La Norvège franchit une ligne supplémentaire
La Fédération norvégienne de football est allée encore plus loin en devenant la première fédération nationale à demander ouvertement le départ du président de la FIFA.
Sa présidente, Lise Klaveness, estime que la confiance envers Infantino est désormais profondément compromise.
Pour la Norvège, la controverse financière ne constitue cependant qu’une partie du problème.
La fédération souhaite également saisir le Comité d’éthique de la FIFA à propos de la relation particulièrement étroite entre Infantino et Donald Trump.
La FIFA avait notamment attribué au président américain son premier « prix de la paix », mettant en avant ses efforts diplomatiques dans plusieurs conflits internationaux.
Cette décision avait déjà provoqué de nombreuses interrogations sur les limites entre football, diplomatie et politique.
Infantino et Trump : une proximité qui interroge
La relation entre Gianni Infantino et Donald Trump est devenue l’un des éléments les plus commentés de la gouvernance actuelle de la FIFA.
Le président de l’organisation mondiale du football apparaît régulièrement aux côtés du dirigeant américain, notamment en raison du rôle central des États-Unis dans l’organisation des grandes compétitions internationales.
Cette proximité peut s’expliquer en partie par des considérations institutionnelles : les États-Unis occupent une place importante dans l’économie mondiale du sport et figurent parmi les principaux pays organisateurs des compétitions internationales de football.
Mais pour les détracteurs d’Infantino, les gestes publics en faveur de Trump vont parfois au-delà de la diplomatie sportive.
Cette controverse pose à nouveau une question ancienne au sein de la FIFA :
jusqu’où le président d’une organisation sportive mondiale peut-il entretenir des relations politiques personnelles avec les dirigeants des grandes puissances ?
Pourquoi l’Afrique reste-t-elle derrière Infantino ?
Certains observateurs interpréteront immédiatement la position de la CAF comme une simple dépendance politique.
La réalité est probablement plus complexe.
Pour de nombreuses fédérations africaines, l’enjeu principal n’est pas nécessairement la bataille institutionnelle entre l’UEFA et la FIFA.
Il s’agit également de savoir quel dirigeant peut apporter davantage de ressources au développement du football sur le continent.
Pendant des décennies, l’Afrique a régulièrement dénoncé une architecture du football mondial dans laquelle les principales ressources financières, les clubs les plus riches, les diffuseurs les plus puissants et les principaux centres de décision se trouvent en Europe.
Infantino a compris cette frustration.
Son discours insiste régulièrement sur la nécessité de redistribuer davantage les ressources aux fédérations du Sud global.
Le soutien de la CAF peut donc relever simultanément de la loyauté, du pragmatisme et de l’intérêt institutionnel.
Mais cette stratégie comporte aussi un risque.
La défense des intérêts africains ne devrait pas empêcher les fédérations du continent d’exiger de leurs partenaires internationaux les mêmes normes de transparence, de gouvernance et de responsabilité qu’elles revendiquent ailleurs.
La fidélité politique ne peut pas devenir un substitut à la bonne gouvernance.
Une fracture Nord-Sud au sein de la FIFA ?
La crise autour d’Infantino révèle également une divergence plus profonde dans le football mondial.
L’Europe dispose des championnats les plus riches, des clubs les plus puissants et d’une énorme influence commerciale.
Mais à la FIFA, chaque association nationale dispose théoriquement d’une voix.
La France vote une fois.
L’Allemagne vote une fois.
Le Sénégal vote une fois.
La République démocratique du Congo vote une fois.
Le Lesotho vote une fois.
Dans cette architecture, l’Afrique représente une force électorale exceptionnelle.
Avec 54 fédérations, la CAF peut influencer de manière décisive l’élection d’un président de la FIFA.
L’Europe peut donc disposer du pouvoir économique sans nécessairement disposer seule du pouvoir électoral.
Cette différence explique pourquoi les présidents de la FIFA ont historiquement accordé une importance stratégique considérable aux fédérations africaines, asiatiques et caribéennes.
La crise actuelle pourrait ainsi se transformer en confrontation entre deux visions de la gouvernance du football mondial : une partie des institutions européennes exigeant davantage de contrôle sur Infantino, tandis qu’une large coalition de fédérations du Sud continue de considérer son bilan de manière plus favorable.
L’Afrique doit-elle soutenir un homme ou défendre des principes ?
C’est probablement la question la plus importante pour la CAF.
Soutenir Infantino n’est pas nécessairement problématique en soi.
Les fédérations africaines ont parfaitement le droit de considérer que sa présidence a bénéficié au développement du football sur le continent.
Mais leur soutien gagnerait en crédibilité s’il était accompagné d’une exigence claire :
oui à la coopération avec la FIFA, mais également oui à la transparence, à la consultation et à la responsabilité institutionnelle.
Car la véritable indépendance du football africain ne consiste pas simplement à s’opposer aux positions européennes.
Elle consiste à être capable de défendre ses propres intérêts tout en évaluant chaque dossier selon ses mérites.
Patrice Motsepe a raison de rappeler que la loyauté compte dans les relations humaines.
Mais une organisation continentale ne fonctionne pas exactement comme une relation personnelle.
Dans une institution, la loyauté première devrait rester envers les règles, les membres et l’intégrité de l’organisation.
Le vote africain pourrait décider de l’avenir d’Infantino
À quelques mois de l’élection présidentielle de la FIFA prévue en mars 2027 au Maroc, la bataille pourrait donc devenir particulièrement intéressante.
L’UEFA cherche un challenger.
La Norvège demande le départ d’Infantino.
D’autres critiques pourraient suivre.
Mais tant que l’Afrique maintient ses 54 voix derrière lui, renverser le président sortant restera extrêmement difficile.
La crise démontre une chose que le football européen oublie parfois : la FIFA n’est pas l’UEFA.
L’Europe domine économiquement le football mondial.
Mais politiquement, elle doit composer avec l’Afrique, l’Asie, les Amériques et l’Océanie.
Et c’est précisément là que cette affaire dépasse Gianni Infantino.
Elle révèle une bataille beaucoup plus vaste sur la gouvernance, l’argent et l’équilibre des pouvoirs dans le sport le plus populaire de la planète.
Au fond, la question qui se pose à l’Afrique n’est peut-être pas simplement de savoir si elle doit rester fidèle à Infantino.
Elle est de savoir quel type de FIFA l’Afrique souhaite contribuer à construire.
Une FIFA où les petits pays disposent réellement d’une voix ?
Une FIFA capable de redistribuer davantage ses ressources ?
Une FIFA indépendante des intérêts privés ?
Une FIFA transparente dans ses décisions ?
Ces objectifs ne sont pas incompatibles.
Et c’est peut-être précisément parce que l’Afrique représente l’un des blocs électoraux les plus puissants du football mondial qu’elle devrait utiliser cette influence non seulement pour soutenir des dirigeants, mais également pour exiger des réformes capables de renforcer durablement le football mondial.












